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Interview de Bernard Allali

2 Mars 2014

Interview de Bernard Allali

Bernard Allali: « les Juifs de Tunisie ont édité près de 150 journaux juifs et sionistes”

- Bernard Allali, vous êtes le président de l’Association des Arts et Traditions Populaires des Juifs de Tunisie (association membre du CRIF). Vous êtes l’auteur du livre “Les juifs de Tunisie Un autre regard”. Que découvre-t-on dans cet ouvrage?

Bernard Allali: C’est un ouvrage qu’il était nécessaire d’écrire. Il est le reflet de 40 années de collection et de recherche sur ce thème. C’est avant tout un livre d’images et de textes, qui dévoile sur 336 pages un certain nombre de sujets qui n’avaient pas éveillé l’attention des chercheurs et des historiens jusqu’à ce jour. Dès le début de mon livre, la présence juive en terre d’Ifriqiya est confirmée par l’existence effective de dizaines de lampes à huile juives datant du IIe au VIe siècles, révélées à travers des photographies prises sur place qui ne permettront plus de mettre en doute leur existence. La révélation aussi d’une découverte incroyable, il y a moins de huit ans, d’une mosaïque dans la ville de Kelibia : cette mosaïque de plus de 80 m2 au sol a été découverte en parfait état, avec 12 « menorahs » et de nombreux signes du zodiaque. Avec l’aide de l’archéologue Jean-Pierre Darmon, spécialiste des mosaïques antiques du Bassin Méditerranéen, nous avons pu établir, à partir de textes qui se trouvaient sur cette mosaïque, qu’il s’agissait bien d’une synagogue du Ve siècle de notre ère. Je parle aussi des révélations et de l’analyse de documents découverts dans une ghenisa du Caire, où il est fait mention, dans des correspondances entre Kairouan et Alexandrie, de l’installation dans ces temps reculés de Juifs de Tunisie en Inde.

- Quels éléments nouveaux apporte votre livre sur l’histoire des juifs de Tunisie?

B.A.: Les sujets abordés sont nombreux et divers, comme par exemple un chapitre sur les connaissements de douane du XVIIIe et du XIXe siècles entre Livourne et Tunis où l’on découvre des cachets de cire en hébreu. Mais ce livre est essentiellement consacré à de très nombreux documents iconographiques sous forme d’estampes, de gravures, mais aussi de photos albuminées de la fin du XIXe siècle, avec une étude très poussée de l’histoire de la photographie en Tunisie et de ses précurseurs, tant européens que juifs indigènes. Cette analyse m’a amené à révéler les différents supports photographiques, tels les daguerréotypes, les ferrotypes, les photos sur verre ou les clichés stéréoscopiques. Ils sont des témoignages assez inattendus sur la communauté juive. Si la photographie est apparue en Tunisie à partir de 1860 avec son précurseur J. Garrigues, la carte postale ancienne sur laquelle ont figuré des juifs et des juives de Tunisie est apparue progressivement à partir de 1896. Mon livre dévoile et analyse une grande quantité de cartes postales particulièrement rares, représentant parfois des métiers aujourd’hui disparus ou des devantures de commerces juifs . Chaque carte postale est analysée et parfois même, pour confirmer sa judaïté, elle est accompagnée d’une enveloppe à en-tête du dit commerçant, avec souvent des encarts publicitaires parus dans la presse juive locale. Les commentaires antisémites et la caricature sont aussi abordés à travers le sujet de la carte postale. Des éléments nouveaux complètent cette étude, comme l’approche de la chromolithographie, les faïences et les céramiques de l’époque des expositions universelles, sur lesquelles figuraient des sujets juifs. Des chapitres entiers sont consacrés aussi à l’avènement de l’histoire postale et à l’histoire de la philatélie en Tunisie, des sujets pour lesquels la communauté juive de Tunisie était particulièrement impliquée. Une étude sur le costume juif permet au lecteur de découvrir les contraintes vestimentaires, comme par exemple le port de chaussures trop petites pour les femmes ou l’obligation pour les hommes de porter des chaussures de couleur noire. Nous réalisons aujourd'hui à quel point ces mesures pouvaient être vexatoires. C’est à partir des débuts du Protectorat français que les Juifs de Tunisie ont édité près de 150 journaux juifs et sionistes, dont je fais, dans mon ouvrage, un relevé très détaillé, avec les années d’édition, le nom des directeurs de publication et le nombre de numéros tirés pour chaque journal.

- Quelles relations entretenaient les juifs et les noirs sur la terre d’Ifriqiya?

B.A.: Dans le chapitre que j’ai intitulé « De la relation entre les Juifs et les Noirs », j’aborde plutôt le regard colonial, la confusion des genres, mais surtout l’approche antisémite de certains d’entre eux. A travers l’impact de la caricature, ils ont essayé de faire passer les Juifs de Tunisie pour des esclavagistes. Je laisserai au lecteur le plaisir de découvrir cette analyse très poussée sur le sujet.

- Sur quelles bases sérieuses repose l’hypothèse selon la quelle “L’Arche d’Alliance “ pourrait se trouver en Tunisie.

B.A.: Le dernier chapitre abordé dans mon livre est libellé sous forme de questionnement : « L’Arche d’Alliance en Tunisie, mythe ou réalité ? » C’est une approche nouvelle qui reste une hypothèse basée sur une analyse du cheminement historique des Cohanim de Jérusalem à Djerba il y a 25 siècles et des légendes autour d’une synagogue mystique dite de la Ghriba (la solitaire), du pèlerinage et de la procession annuels qui nous révèlent des aspects particulièrement troublants.

Bernard Allali “Les juifs de Tunisie, un autre regard”. (format 29/24). Janvier 2014. 336 pages. 45 euros.

Disponible sur commande: bernard.allali@gmail.com

Tél.: 06 60 65 46 43

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