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Interview de Jean-Pierre Allali

9 Mai 2014

Interview de Jean-Pierre Allali

Jean-Pierre Allali : « Les Allemands, à la surprise générale, font leur apparition à Tunis. Le 9 novembre 1942 »

- Jean-Pierre Allali, vous êtes journaliste, écrivain. Votre dernier livre s’intitule « Les Juifs de Tunisie sous la botte allemande » (Éditions Glyphe). Comment débute et s’organise l’occupation allemande en Tunisie ?

Jean-Pierre Allali : En novembre 1942, alors que la communauté juive est persuadée, à l'écoute de la BBC, que les troupes alliées qui ne sont pas loin vont arriver en Tunisie, ce sont les Allemands qui, à la surprise générale, font leur apparition à Tunis. Le 9 novembre 1942, une escadrille allemande atterrit à l'aéroport d'El-Aouina. En quelques jours, plusieurs milliers d'hommes vont rejoindre cette escadrille d'éclaireurs. Le 30 novembre, il y a en Tunisie 3000 soldats allemands auxquels se joignent 8000 Italiens. Au plus fort de l'Occupation, les troupes allemandes compteront 28 000 hommes et leurs alliés italiens 11 000. Rudolf Rahn est nommé ministre plénipotentiaire du Reich auprès du bey de Tunis.

- Quelles sont les mesures racistes et antisémites qui sont appliquées pendant ces mois d’occupation ?

J-P. A. : Dès le 23 novembre 1942, un peloton de soldats allemands emmenés par le SS Hauptscharführer Pohl se présente au domicile du président de la communauté, Moïse Borgel. Il est arrêté en même temps que plusieurs personnalités qui vont se retrouver en prison pendant une semaine. Au fil des jours, les Allemands vont affirmer leurs exigences : enrôlement forcé de milliers de jeunes Juifs pour un travail forcé obligatoire, amendes collectives exorbitantes, spoliations et confiscations, occupation d'appartements avec expulsion des locataires légitimes, arrestations, rafles, mauvais traitements, assassinats et déportations.

- Y-a-t-il eu des tragédies ?

J-P.A. : Oui. L'assassinat d'un jeune infirme de 18 ans, Gilbert Mazouz, tué à coups de revolver, le 9 décembre 1942, parce qu'il ne marchait pas assez vite. Il aura été la première victime juive de l'Occupation. Le 21 décembre, c'est au tour de Haïm-Victor Nataf, élève-rabbin de 19 ans, accusé d'avoir fait des signaux, d'être torturé et exécuté. Le 27 janvier 1943, au camp de travail forcé de Bizerte, Émile Hababou, 25 ans est abattu par une sentinelle. Le 22 février 1943, Élie Saâdoun, qui tentait de s'évader du même camp sera arrêté et atrocement torturé à mort. Deux autres travailleurs de ce camp ont été exécutés en février 1943 : Henri Darmoni et Mardochée Younès. Non loin de là, à Ferryville, c'est Victor Lellouche, 45 ans, qui a été lâchement abattu.

Par ailleurs, les bombardements alliés qui visaient des points stratégiques ont fait des centaines de victimes parmi la population juive.

Enfin, le cas le plus emblématique demeure celui de la famille Scemla : Jo Scemla et ses deux fils, Gilbert et Jean, arrêtés par les Allemands sur dénonciation alors qu'ils tentaient de rejoindre la 2ème Division Blindée du général Leclerc, ont été déportés en Allemagne et, après un simulacre de procès, guillotinés dans la ville de Halle, le père assistant au préalable à l'exécution des ses deux fils.

- Avez-vous pu interviewer des rescapés ?

J-P. A. : Les personnes qui ont connu cette époque disparaissent peu à peu. C'est la loi de la nature. J'ai réussi à retrouver 56 témoins, le plus âgé étant né en 1919. Ces témoins appartiennent à toutes les composantes de la communauté juive : touansas et granas ( tunisiens et livournais) voire sujets britanniques, artisans, commerçants, intellectuels... Dès lors, leurs récits sont très divers et l'ensemble de ces témoignages permet d'avoir une idée assez précise de ce que furent ces six mois sous la botte allemande vécus par les Juifs de Tunisie de novembre 1942 à mai 1943.

Jean-Pierre Allali « Les juifs de Tunisie sous la botte allemande » (préface d’Elie Wisel) - Editions Glyphe - 330 pages – 22 euros. www.editions-glyphe.com

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