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Interview de Paul Netter

16 Septembre 2014

Interview de Paul Netter

L'annonce du décès du grand rabbin Abraham Bloch a été reprise dans tous les journaux nationaux

- Qu’avez-vous découvert sur l’ascendance d’Abraham Bloch?

Paul Netter : Je connaissais par les récits de ma grand-mère, sa fille Jeanne Bloch, l'histoire de la mort de mon arrière-grand-père. Elle me racontait aussi son souvenir de petite fille quand elle traversait la Méditerranée, de Marseille à Alger, sur les grands bateaux, sa famille ayant droit à une cabine de général eu égard au titre de grand rabbin de son père. Voilà ce que je savais depuis mon enfance. Lors de la réalisation de la généalogie de ma famille, j'ai découvert l'ascendance d'Abraham Bloch. Je sais encore très peu de choses du côté de sa mère, Joséphine Marsilio née à Venise en 1835 et mariée à son père Isaac Bloch à Paris en 1856. Du côté d'Isaac Bloch l'ascendance connue remonte jusqu'au début du XVIII ème siècle, avec des ancêtres tous alsaciens, Isaac étant né à Strasbourg en 1827. Comme souvent, les rabbins sont issus de familles de rabbins. C'est le cas ici, avec du côté paternel d'Isaac, Moyse Bloch plus connu sous le nom du "sage d'Uttenheim", auteur de commentaires du Talmud et enterré au cimetière de Koenigshoffen à Strasbourg. Du côté maternel d'Isaac Bloch on retrouve Tsvi Hirsch Shoplich originaire de Rakow en Pologne et arrivé en Alsace via Brisach dans le Bade-Wurtenberg où il était rabbin.

- Quels sont les principaux moments de son sacerdoce?

P.-N. : En sortant du séminaire israélite de Paris en 1883, Abraham devient rabbin de Remiremont dans les Vosges. Ses deux enfants y naissent. Assez vite, il se sent à l'étroit dans ce poste et tente d'annexer des communautés voisines à la sienne. En 1897 il pose sa candidature au poste de Grand Rabbin d'Alger dans une période où l'antisémitisme sévit fortement en Algérie. Il vivra à Alger les onze années les plus difficiles de sa vie, attaqué par les ligues et journaux anti-juifs, luttant pour organiser les secours aux juifs miséreux victimes du boycott des magasins et industries tenus par des juifs. Il est même victime d'une tentative d'assassinat et perd son jeune fils Moïse dans des conditions terribles. Ensuite, Grand Rabbin de Lyon, il vit paisiblement jusqu'à ce qu'il se propose pour être aumônier militaire en 1913.

- Dans quelles conditions décède-t-il?

P.-N. : Abraham Bloch, aumônier militaire israélite, est affecté au XIVème Corps d’Armée qui participe fin août 1914, dans les Vosges, à la bataille de la trouée de Charmes. Lors de l'évacuation d'une ferme transformée en hôpital et incendiée par des obus allemands, un soldat français mourant, le confondant avec un prêtre catholique, lui demande un crucifix. Il s'en procure un et juste après l'avoir apporté au soldat mourant, il est touché par un éclat d'obus qui le touche à la jambe. C'est ainsi qu'il meurt au col d'Anozel, sur la commune de Taintrux, le 29 août 1914, trois semaines après le début de la guerre.

- Comment les antisémites ont-ils réagi au dernier geste du grand-rabbin Abraham Bloch?

P.-N. : L'annonce de la mort du grand rabbin Abraham Bloch a été reprise dans tous les journaux nationaux dont La Croix qui, à l'époque, avait des penchants antisémites mais qui recommande aux prières les soldats tombés devant l'ennemi en incluant le grand rabbin. Il faut aussi rappeler que l'on est à l'époque de l'Union Sacrée qui regroupe toutes les composantes de la France face à l'ennemi allemand. C'est dans cet esprit-là que Maurice Barrès, auteur d'écrits antisémites au moment de l'affaire Dreyfus, rend un hommage appuyé à Abraham Bloch dans son livre « Les Diverses familles spirituelles de la France » publié en 1917. Il y écrit « Ici la fraternité trouve spontanément son geste parfait: le vieux rabbin présentant au soldat qui meurt le signe immortel du Christ sur la croix, c’est une image qui ne périra pas" et ne se trompe pas, puisqu'un siècle plus tard, l'image du Grand Rabbin Abraham Bloch tendant un crucifix à un soldat catholique est effectivement toujours vivante.

Paul Netter « Un grand-rabbin dans la grande guerre » - Préface de Philippe Landau – éditions Italiques – 144 pages – 4ème trimestre 2013 – 18 euros. Internet : www.italiques.com

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