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Interview de Jean-Luc Guillet

18 Juin 2015

Interview de Jean-Luc Guillet

Jean-Luc Guillet: « Charles Gottlieb avait une forte personnalité et savait exactement ce qu'il voulait »

- Jean-Luc Guillet, vous êtes l’auteur du livre “ Auschwitz, survivre et témoigner” (Les éditions Ovadia). Avant son décès le résistant et déporté Charles Gottlieb vous a livré son témoignage. Comment s’est déroulée votre première rencontre ?
Jean-Luc Guillet: Le rendez-vous concernant le projet d’écriture s’est organisé, à l’initiative de Michèle Merowka, à son domicile, au quartier de Cimiez. Avant d’aller plus en avant, nous devions être certains que nous nous entendrions parfaitement. Notre collaboration devait durer plusieurs mois. Charles avait une forte personnalité et savait exactement ce qu’il voulait. Avant de commencer, il m’a dit : « Je veux une écriture sans effets littéraires, sans grandes envolées. Je souhaite un témoignage sobre ». C’est, je crois, le résultat auquel nous sommes parvenus. -
- Qu’est-ce qui fut le plus douloureux à raconter pour Charles Gottlieb ?
- J.-L. G.: Les sévices et les meurtres perpétrés par les nazis sur ses compagnons d’infortune dans les camps d’Auschwitz, mais aussi Mauthausen et Ebensee. Deux cauchemars traumatisaient encore ses nuits. Le premier concernait les corps des Juifs hongrois qui étaient jetés, après être passés par les chambres à gaz, dans des fosses crématoires. Il avait été témoin des faits depuis la cabane en bois où il était enfermé, en regardant à travers les interstices des planches. Il en avait encore l’odeur de chair brûlée dans les narines. Le second, concernait le jour où, après avoir creusé une longue et profonde tranchée pour y installer des tuyaux d’évacuation, les SS ont poussé dedans des prisonniers avant de les faire enterrer vivants par leurs camarades. Il entendait encore leurs voix les suppliants de les laisser vivre, de ne pas les enterrer. Le sort réservé aux enfants, aux nourrissons, restait une blessure vive.
- Charles Gottlieb est-il resté malgré tout un homme optimiste ?
J.-L. G.: A quatre-vingt-dix ans, Il croyait encore fortement en la jeunesse. En sa capacité à se mobiliser contre les injustices. D’où ses inlassables interventions dans les établissements scolaires pour raconter son histoire et pour échanger avec les élèves. Si croire en la jeunesse est une forme d’optimisme, alors il l’était.
- Comment avez-vous procédé pour illustrer ce livre ?
J.-L. G.: A partir de son témoignage, j’effectuais des recherches auprès d’organismes (résistance, déportation…). Je lui montrais ensuite les documents trouvés. Il sélectionnait uniquement ceux qui faisaient écho à son récit, à l’exemple de la photographie de couverture représentant l’arrivée des Juifs hongrois à Birkenau. Une cinquantaine de documents illustre ainsi le livre, de l’enfance aux voyages de la mémoire.

Jean-Luc Guillet - « Auschwitz, survivre et témoigner » - Juin 2016 - 166 pages - 16 euros - Site: www.leseditionsovadia.com

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