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Interview du rabbin Yona Ghertman

21 Juin 2015

Interview du rabbin Yona Ghertman

Rabbin Yona Ghertman "Les motivations des personnes en conversion sont diverses"

- Yona Ghertman, vous êtes rabbin, docteur en droit. Vous êtes l’auteur du livre: “Une identité juive en devenir - La conversion au judaïsme” (Lichma). Quelles sont les principales motivations qui poussent une personne à se convertir au judaïsme?
Yona Ghertman: Les motivations des personnes en conversion sont diverses et variées. Certains ont un conjoint juif et désirent partager sa foi. D'autres sont juifs de père, mais non de mère, et cherchent à se rapprocher de la religion paternelle. Ces deux raisons ne peuvent permettre une conversion qu'à condition de s'accompagner d'une réelle volonté de se rapprocher de Dieu et de pratiquer les commandements de la Torah. On trouve également des personnes chez qui le désir de se convertir au judaïsme est le résultat d'une démarche de fond et d'une recherche spirituelle importante. Après s'être intéressées aux autres religions et spiritualités, ces dernières s'aperçoivent finalement qu'elles se retrouvent le plus dans la Torah. - Comment savoir si la personne est sincère? Y.-G.: On ne peut jamais vraiment le savoir à 100 % bien entendu. Ceci dit, il y a, de nos jours, des exigences de connaissances et d'assiduité aux cours et offices synagogaux qui permettent de s'assurer d'une certaine volonté de la part du candidat. Mais surtout, le rôle du rabbin de la communauté est le plus important. Un véritable suivi lui permet de mieux cerner la sincérité de la personne en conversion, mais aussi de l'aider et de la guider convenablement dans son parcours.
- En moyenne, combien de temps faut-il pour devenir juif?
Y.-G.: Cela dépend des lieux et des personnes. En Israël par exemple, certains programmes accélérés permettent d'obtenir sa conversion en une année. En France, la durée moyenne est de trois ans. Cette différence s'explique aisément : les programmes auxquels je fais référence exigent une immersion complète dans le judaïsme, avec une année consacrée exclusivement à la conversion. Dans ces conditions, la motivation du candidat est facilement reconnaissable. En revanche une personne qui ne fréquente une communauté qu'une ou deux fois par semaine (comme cela est souvent le cas en France) a besoin de plus de temps pour intégrer les connaissances nécessaires et montrer son réel attachement à la Torah.
- L’antisémitisme peut-il être un motif de découragement à la conversion au judaïsme?
Y.-G.: Le Talmud énonce : "De nos jours, lorsqu'un étranger veut se convertir, on lui pose cette question : Pour quelle raison veux-tu te convertir ? Ignores-tu que le peuple d'Israël est brisé, opprimé, méprisé, rejeté, que les épreuves s'abattent sur lui ?" (Yebamote 47a). Il y a ici l'idée que l'antisémitisme décourage logiquement des non-juifs qui seraient intéressés par le judaïsme. Ainsi l'antisémitisme peut à l'inverse être perçu comme un indice de la sincérité d'un candidat. Dans mon livre, j'écris d'ailleurs à ce propos : "La logique voudrait aussi que les conversions soient facilitées dans certaines villes, ou certains quartiers par rapport à d'autres. Ainsi, si une personne – célibataire - ne fréquente que les quartiers d'affaires dans lesquels de nombreux juifs travaillent et où les traditions sont vues d'un bon œil, elle devrait prouver que sa conversion n'est pas juste une « mode » du moment. En revanche, si elle vit dans un quartier sensible, dans lequel l'antisémitisme sévit et où les juifs sont obligés de faire profil bas, sa motivation devrait ne pas être trop difficile à démontrer ". (pp.41-42).

Yona Ghertman - Un identité juive en devenir - Lichma - 2015 - 256 pages - 19, 90 euros.

Site: www.lichma.com

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