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Interview de Franck Lambez

23 Août 2015

Interview de Franck Lambez

Franck Lambez: « La sin-at ‘hinam est la raison de la perte de notre second Temple »

- Franck Lambez, votre livre s’intitule “Exil et préjugés - Comment combattre la sin-at ‘hinam?”. Comment la Torah définit-elle la sin-at ‘hinam?
Franck Lambez: Ce qu’il faut savoir c’est que la sin-at ‘hinam est la cause de la destruction de notre second Temple, de notre exil actuel. Si notre délivrance n’intervient pas de nos jours c’est que nous éprouvons tous de la sin-at‘hinam. C’est le point de départ de mon étude. La Torah écrite énonce l’interdit d’éprouver de la sin-a. La Torah orale nous en donne les définitions. L’interdit biblique se trouve dans le Lévitique (19:17), que je vais dans un premier temps traduire de manière classique : « ne hais pas ton frère dans ton coeur, fais-lui des reproches et tu ne fauteras pas à cause de lui ». La Michna, dans le traité Sanhédrin (chap. 3, Michna 5), nous offre une définition claire de celui qui éprouve de la sin-a : « il n’a pas parlé à quelqu’un depuis trois jours à cause d’un différend ». Ensuite Rachi nous donne la définition de la sin-at ‘hinam (TB chab 32b): « il n’a pas vu en lui une faute qui autoriserait la sin-a et pourtant il a pour lui de la sin-a » Jusqu’à présent nous préférions utiliser cette mauvaise traduction : « haine gratuite ». Ceci nous a amené à des impasses, car la haine est un sentiment extrême, éprouvé dans le peuple juif par très peu de personnes. Alors comment travailler sur ma haine, si je n’en éprouve pas ? Pourtant en ne parlant pas avec quelqu’un, nous sommes bien loin de la haine. On peut traduire la notion de sin-a par être fâché, « rester fâché » pour évoquer la notion de durabilité. Nous en arrivons à une traduction du texte du Lévitique (19:17) bien plus cohérent avec la Torah orale: « Ne reste pas fâché avec ton frère dans ton coeur, évoque lui ton différend et tu ne fauteras pas à cause de lui »
- Connait-on l’origine de la sin-at ‘hinam?
F.-L.: La jalousie est à l’origine de la sin-at ‘hinam. Le premier exemple est la haine de Caïn pour Abel. Mais j’évoque dans mon livre la jalousie des frères de Yossef contre lui et tous les malheurs qui en ont découlé. Cette sin-at ‘hinam est la première entre les enfants d’Israël et n’a jamais été résolue. En effet, il n’y a pas eu réconciliation entre frères et l’asservissement d’Egypte a encore plus entériné cela.
- Le peuple juif a-t-il beaucoup pâti de cette haine gratuite?
F.-L.: C’est un euphémisme que d’évoquer cela! La sin-at ‘hinam est la raison de la perte de notre second Temple, de notre exil actuel de 2000 ans avec tous ses malheurs. Il faut également savoir qu’elle est la base de toutes les dissensions qui existent dans le peuple juif. On évoque beaucoup le lachone harah (médisance) comme étant un fléau contre lequel se prémunir. Il faut savoir que le ‘Hafetz ‘Haïm annonce clairement que le lachone harah a pour origine la sin-at ‘hinam. Ce n’est pas compliqué de s’en convaincre.
- Existe-t-il des moyens afin de s’en prémunir?
F.-L.: Ce qui est étonnant, c’est que ce moyen est directement énoncé dans le texte biblique : « évoque-lui ton différend ». Parler avec son agresseur de ce que l’on a ressenti lorsqu’il nous a agressé (c’est un commandement biblique !) atténue les sentiments que l’on pourrait éprouver contre lui. Ce sont des conclusions auxquelles arrive également la psychanalyse. Mais ce qui constitue la plus grande avancée dans ce domaine, c’est le fait que la Torah nous montre qu’à travers la parole, toute cette sin-a peut être contrôlée : Lorsqu’on ne parle pas à quelqu’un, on éprouve de la sin-a. Pour ne pas éprouver de la sin-a, il faut aller lui parler. Pour se réconcilier, il faut se parler. Si on a un sentiment négatif envers quelqu’un, on a être amené à parler de cette personne en mal (lachone harah). Pour éviter le lachone harah, il faut aller parler avec notre agresseur. Il ne s’agit clairement pas de pardonner à mon agresseur, mais de bien lui faire comprendre la souffrance qu’il a occasionnée et de lui demander éventuellement réparation, dans les bonnes règles que nous offre la Torah. Evidemment, tout le monde trouvera un cas de personne avec qui l’ « on ne peut pas parler ». Les cas complexes existent dans tous les domaines, mais cela ne doit pas nous empêcher d’appliquer ces principes aux cas simples, puis de les étendre. Ce qui vaut pour la sin-a, marche également pour la sin-at ‘hinam. Je montre, dans mon livre, qu’un certain type de sin-at ‘hinam prend sa source dans une volonté de se surprotéger d’agressions que l’on aurait subies. Gérer chaque agression en parlant à son agresseur évite ce phénomène de surprotection. Je montre également que les préjugés arrivent à polluer mon jugement sur l’autre et que cela nous mène à la sin-at ‘hinam. Le seul moyen de contrer le préjugé est la discussion d’individu à individu.

Frank Lambez « Exil et préjugés » - préface du Rav Messod 'Hamou - 2014 - 192 pages - 15 euros. Site nternet: combattre sinat hinam - Commande: lambez@gmail.com

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