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Interview de Simonetta Tombaccini

10 Octobre 2016

Interview  de  Simonetta  Tombaccini

Simonetta Tombaccini : «L’apport des israélites à la société niçoise est indéniable »

Simonetta Tombaccini, vous êtes historienne, diplômée en sciences politiques à la faculté “Cesare Alfieri” de l’université de Florence (Italie) et des universités de Nancy et Nice. Votre dernier livre s’intitule “La “Nation hébraïque” de Nice - Populations, institutions, moeurs 1814-1860” (Acadèmia Nissarda). Pourquoi employez-vous le terme de “Nation hébraïque”?
J'emploie le terme de Nation hébraïque, puisque c'est la dénomination utilisée à l'époque, et pas seulement pour ceux qui composaient les communautés juives. Le sens vient de sa racine latine Natione signifiant naissance. En effet c'était bien le pays de naissance qui était pris en compte. Pour cela on parlait de nation génoise ou de nation toscane, et pour les israélites on précisait nation judéo-hollandaise, judéo-portugaise, etc.
A quand remonte la présence juive à Nice?
La présence des juifs à Nice est ancienne, elle date probablement du haut Moyen Age, mais il s'agissait sans doute de petits noyaux. Ces derniers devaient grossir après les expulsions de France au XIVe siècle (sauf dans le comtat avignonnais) et ensuite d'Espagne et du Portugal. L'abbé Gioffredo, auteur d'une Histoire des Alpes-Maritimes au XVIIe siècle, parle de leur installation après la dédition de Nice à la Savoie en 1388. Des minutes notariales attestent également de leur présence dans la région pendant ces années. Mais il semblerait que c'est seulement en 1614 que les israélites de Nice obtiennent des princes de Savoie le premier sauf-conduit les autorisant à demeurer. L'existence, au Piémont, du patronyme NIZZA, adopté par certains israélites, est une preuve supplémentaire de l'ancienneté de leur présence.
Pourquoi avoir choisi la période 1814-1860?
La période 1814-1860 est très intéressante à plusieurs titres. C'est d'abord la période de la Restauration qui vise à ressusciter l'Ancien Régime dans toutes ses formes, surtout dans le royaume de Sardaigne, tentative difficile à réaliser étant donné les changements introduits par l'expérience de la Révolution et l'évolution des mentalités. D'où un contraste assez fort, quoique larvé, entre les tenants du passé et les partisans des idées nouvelles. Un contraste particulièrement visible à l'égard de la communauté israélite, dont le gouvernement de Turin souhaite le retour à la marginalisation sociale de jadis et la relégation dans le ghetto, décision inacceptable pour des gens qui avaient connu l'émancipation. L'histoire de la Nation hébraïque de Nice pendant cette période est le témoignage de leur volonté de résistance aux visées du pouvoir. Ensuite c'est la période qui prélude à l'Annexion, autre moment crucial, au cours duquel les israélites de Nice joueront en majorité la carte de la France.
Les juifs ont-ils beaucoup apporté à la société niçoise?
Les juifs que j'ai rencontrés au cours de mon étude occupent une place non négligeable dans l'histoire niçoise. D'abord par leur dynamisme économique et leur capacité d'innovation. On les voit dans tous les secteurs de l'économie locale. Il suffit de songer au banquier Avigdor, dont les initiatives commerciales véhiculaient les produits niçois dans toute l'Europe, fournissant du travail à des centaines de Niçois. Mais il n'était pas le seul. La famille Messiah, et en particulier Aaron, l'architecte, a beaucoup contribué à la renommée de la ville. Peut-on oublier que la villa Les Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat (demeure du roi des Belges) et le palais Masséna ont été réalisés par lui? Et puis il faut nommer Benoit Benjamin Mayrargue, qui fut à l'origine de maintes initiatives visant à doter la ville de Nice de structures modernes pour en accroître le rayonnement. Il faudrait citer encore Joseph, Désiré et Amélie Pollonnais, sans oublier Julien Baquis.... Enfin leur apport est tout à fait important et indéniable.

Simonetta Tombaccini - “La “Nation hébraïque” de Nice - Populations, institutions, moeurs 1814-1860” (Acadèmia Nissarda) - Mai 2016 - 562 pages -

Site : www.academia-nissarda.org/

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