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Interview de Radu Ioanid

28 Juin 2015

Interview de Radu Ioanid

Radu Ioanid: "Le général Antonescu a ordonné les déportations des juifs de Jassy"

- Radu Ioanid, vous êtes diplômé de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris et directeur du département des programmes internationaux d’archives du musée mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis. Vous êtes l’auteur du livre “Le pogrom de Jassy 28 juin – 6 juillet 1941”. On apprend que plus de 13 000 juifs furent assassinés en neuf jours à Jassy (Roumanie). Comment et par qui ce pogrom a-t-il été organisé?
Radu Ioanid: ​Le pogrom a été organisé par le Deuxième Bureau de l'Etat Major de l'armée roumaine ​et par les services secrets roumains (SSI). Le général Antonescu , dictateur de la Roumanie à ce moment-là a ordonné les déportations des juifs de Jassy.
- Vous avez sélectionné 127 photos pour illustrer votre ouvrage. Comment expliquer qu’autant de photos furent prises pendant ce pogrom?
R.-I.: ​Ce sont le services secrets roumains mais aussi des militaires allemands qui ont aussi participé au pogrom qui ont pris les photos. ​Beaucoup de ces photos ont été envoyées par ces militaires allemands à leur famille comme "souvenirs".
- Comment s’est comporté le gouvernement roumain pendant la Shoah? ​
R.-I.: Le gouvernement roumain a eu sans doute une responsabilité majeure dans la destruction et la déportation des juifs roumains et ukrainiens spécialement en Moldavie du nord, en Bessarabie, Bukovine et en Transistrie (territoire situé entre les rivières Dniester et Boug et occupé par la Roumanie entre 1941 et 1944).​

Radu Ioanid - Le pogrom de Jassy - 28 juin - 6 juillet 1941 - Avril 2015 - 144 pages - Calmann Lévy -

Sites: www.calmann-levy.fr www.memorialdelashoah.org

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Interview de Michèle Abitbol-Bergheimer

21 Juin 2015

Interview de Michèle Abitbol-Bergheimer

Michèle Abitbol-Bergheimer : « Les histoires bibliques sont porteuses de valeurs humaines »

- Michèle Abitbol-Bergheimer, vous êtes psychothérapeute psychanalyste, vous êtes co-auteur, avec Paul Sillam, du livre “Psychanalystes et religieux Regards croisés” (desclée de brouwer). L’objectif de ce livre est-il de montrer que psychanalyse et religions sont compatibles ?
Michèle Abitbol-Bergheimer : Oui. Nous voulions montrer de quelle côté est la compatibilité. Les histoires bibliques sont porteuses de valeurs humaines. La sortie d'Egypte, sortie de l'esclavage, nous concerne tous. Elle est un exemple de sevrage. Chaque histoire qui nous est transmise peut être vue comme une façon de préparer l'avenir de celui qui lit ces histoires. La psychanalyse aussi propose aux patients d'accompagner leur sortie de l'esclavage. Faire une thérapie ou lire les histoires bibliques permet de prendre le temps pour sortir des sevrages.
- On en apprend davantage sur l’âme humaine en lisant les textes sacrés que les textes psychologiques?
M.-A.-B. : Bien sûr que chaque personnage de la Bible porte des valeurs humaines et pour certains on voit bien leur relation à D. La différence entre les histoires bibliques et celles de nos patients c'est que, dans la Bible, nous connaissons la fin de l'histoire alors que les textes psychologiques permettent juste d'alimenter une réflexion sur soi au présent
- N'est-il pas possible d’écrire un livre similaire en se basant sur les textes mythologiques?
M.-A.-B. : C'est tout-à- fait notre projet d'écrire des consultations psy et de demander à des spécialistes de la mythologie, comme on l'a fait avec des rabbins et des prêtres, à quelle histoire notre étude psy leur fait penser. On a pensé aussi aux fables de La Fontaine, aux contes de Perrault voire aux légendes des différentes cultures du monde.

Michèle Abitbol-Bergheimer - Paul Sillam - « Psychanalystes et religieux Regards croisés » - mars 2015 - desclée de brouwer - 196 pages - 15,90 euros.

Site : www.editionsddb.fr

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Interview de Jean-Luc Guillet

18 Juin 2015

Interview de Jean-Luc Guillet

Jean-Luc Guillet: « Charles Gottlieb avait une forte personnalité et savait exactement ce qu'il voulait »

- Jean-Luc Guillet, vous êtes l’auteur du livre “ Auschwitz, survivre et témoigner” (Les éditions Ovadia). Avant son décès le résistant et déporté Charles Gottlieb vous a livré son témoignage. Comment s’est déroulée votre première rencontre ?
Jean-Luc Guillet: Le rendez-vous concernant le projet d’écriture s’est organisé, à l’initiative de Michèle Merowka, à son domicile, au quartier de Cimiez. Avant d’aller plus en avant, nous devions être certains que nous nous entendrions parfaitement. Notre collaboration devait durer plusieurs mois. Charles avait une forte personnalité et savait exactement ce qu’il voulait. Avant de commencer, il m’a dit : « Je veux une écriture sans effets littéraires, sans grandes envolées. Je souhaite un témoignage sobre ». C’est, je crois, le résultat auquel nous sommes parvenus. -
- Qu’est-ce qui fut le plus douloureux à raconter pour Charles Gottlieb ?
- J.-L. G.: Les sévices et les meurtres perpétrés par les nazis sur ses compagnons d’infortune dans les camps d’Auschwitz, mais aussi Mauthausen et Ebensee. Deux cauchemars traumatisaient encore ses nuits. Le premier concernait les corps des Juifs hongrois qui étaient jetés, après être passés par les chambres à gaz, dans des fosses crématoires. Il avait été témoin des faits depuis la cabane en bois où il était enfermé, en regardant à travers les interstices des planches. Il en avait encore l’odeur de chair brûlée dans les narines. Le second, concernait le jour où, après avoir creusé une longue et profonde tranchée pour y installer des tuyaux d’évacuation, les SS ont poussé dedans des prisonniers avant de les faire enterrer vivants par leurs camarades. Il entendait encore leurs voix les suppliants de les laisser vivre, de ne pas les enterrer. Le sort réservé aux enfants, aux nourrissons, restait une blessure vive.
- Charles Gottlieb est-il resté malgré tout un homme optimiste ?
J.-L. G.: A quatre-vingt-dix ans, Il croyait encore fortement en la jeunesse. En sa capacité à se mobiliser contre les injustices. D’où ses inlassables interventions dans les établissements scolaires pour raconter son histoire et pour échanger avec les élèves. Si croire en la jeunesse est une forme d’optimisme, alors il l’était.
- Comment avez-vous procédé pour illustrer ce livre ?
J.-L. G.: A partir de son témoignage, j’effectuais des recherches auprès d’organismes (résistance, déportation…). Je lui montrais ensuite les documents trouvés. Il sélectionnait uniquement ceux qui faisaient écho à son récit, à l’exemple de la photographie de couverture représentant l’arrivée des Juifs hongrois à Birkenau. Une cinquantaine de documents illustre ainsi le livre, de l’enfance aux voyages de la mémoire.

Jean-Luc Guillet - « Auschwitz, survivre et témoigner » - Juin 2016 - 166 pages - 16 euros - Site: www.leseditionsovadia.com

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