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Interview de Brigitte Stora

28 Mars 2016

Interview de Brigitte Stora

Brigitte Stora : L’avenir du judaïsme européen est lié à celui de la démocratie.

- Brigitte Stora, vous êtes journaliste indépendante et chanteuse. Vous venez de publier “Que sont mes amis devenus...” (Le bord de l’eau). De quels amis parlez-vous?
Brigitte Stora : Dans mon essai, écrit à la première personne, il est beaucoup question d’amitiés, de relations humaines. Parmi mes “amis” il y a bien sûr mes anciens “camarades”, ceux avec qui j’ai milité dans ma jeunesse et qui, pour beaucoup, en abandonnant les Juifs ont aussi trahi leur idéal de fraternité. Mais il y aussi des amitiés qui ont tenu et heureusement, d’autres qui ont souffert mais ont surmonté l’épreuve. Je parle aussi des amis de mes enfants, d’une partie de cette jeunesse, perméable aux discours conspirationnistes, indulgente envers Dieudonné… Ce livre relate des évènements personnels liés au réveil de l’antisémitisme en France.
- Avez-vous le sentiment que les idéaux de votre jeunesse étaient des illusions?
B.-S. : Non, je crois que les idéaux ne sont jamais des illusions et qu’il n’y a rien de plus triste que de ne pas en avoir quand on a 20 ans ! En outre je raconte surtout ma génération, celle qui eut 20 ans en 1980. Nos révoltes alors n’étaient pas contaminées comme aujourd’hui par le ressentiment. La joie, l’audace et l’envie de justice et de démocratie dominaient. Je pense au féminisme, au soutien à Solidarnosc, à Mandela etc. …
- Qui sont “les amants du chaos”?
B.-S. : Les amants du Chaos sont ces adeptes de l’obscurantisme qui abreuvent de fiel les jeunes générations, qui trouvent des circonstances atténuantes aux Djihadistes et qui, de fait, relaient la propagande islamiste. Ils se sont récemment ligués contre un démocrate algérien Kamel Daoud ; ils font, comme Edgar Morin et Edwy Plenel, des livres et des rencontres avec Tariq Ramadan. Ils ont contribué, comme Stéphane Hessel et Alain Badiou, à faire passer le terrorisme pour de la résistance tout en relayant une parole d’hostilité envers les Juifs. Ce n’est pas nouveau dans l’Histoire : à d’autres époque ces “amants du chaos” on fermé les yeux sur le génocide cambodgien, ignoré les procès de Moscou. Ils sont du côté d’une certaine forme de lâcheté intellectuelle.
- Après le meurtre d’Ilan Halimi, la tuerie de Toulouse, l’attentat contre Charlie hebdo et contre l’Hypercacher, le massacre au Bataclan, les drames de Bruxelles... gardez-vous encore espoir en l’avenir du judaïsme européen?
B.-S. : L’avenir du judaïsme européen est lié, aujourd’hui comme hier, à celui de la démocratie. En France, la démocratie est amarrée à l’idée républicaine, à celle des droits des hommes et des femmes, à la laïcité, au respect du dialogue. Cet idéal est attaqué à la Kalashnikov par les djihadistes, il est aussi menacé par la montée des populismes d’extrême droite un peu partout en Europe. Les Juifs sont toujours les témoins et les sentinelles de la catastrophe à venir. Mais il me semble qu’il y a aujourd’hui un sursaut, une prise de conscience, un partage enfin possible. Puisse mon livre modestement y contribuer.

Brigitte Stora - « Que sont mes amis devenus… » - Le bord de l’eau - 2016 - 260 pages - 20 euros - Site : www.editionsbdl.com

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Interview de Nathan Weinstock

28 Mars 2016

Interview de Nathan Weinstock

Nathan Weinstock : « Le Purimshpil est une farce carnavalesque jouée à l'occasion de Pourim »

- Nathan Weinstock, vous êtes membre du Conseil Scientifique de l’Institut d’études juives auprès de l’Université Libre de Bruxelles, lauréat du prix de Yiddish Max Cukierman. Vous avez traduit, présenté et annoté le livre: “Se rire du destin - Farce pour Pourim” (avant-propos). Que découvre-t-on dans ce texte datant de 1697, inspiré du rouleau d’Esther?
Nathan Weinstock : Cette pièce comique très crue reprend le récit biblique mais sous une forme parodique. Le personnage d'Esther reste à l'abri des saillies ironiques et des charges comiques. Mais le roi Akhashverosh y fait figure d'individu minable, Haman y apparaît comme une canaille et, en fait, tout tourne autour du personnage de Mordekhay, représenté comme une espèce de bouffon. La comédie exprime le soulagement des Juifs d'avoir pu échapper - cette fois-ci - au massacre et s'achève sur une supplication adressée au public d'offrir aux comédiens de quoi boire afin qu'ils puissent ... rejoindre la Terre Promise, rappel de l'espoir messianique.
- Qui est l’auteur de ce texte?
N.-W. : En fait, nous ignorons qui est l'auteur de ce premier Purimshpil dont le texte nous soit parvenu: le manuscrit de la pièce ne comporte en effet pas de nom d'auteur. Elle nous a été conservée grâce à un pasteur protestant du XVIIIe siècle, Johann Christian Wagenseil, qui était un grand hébraïsant passionné par le judéo-allemand. Heureusement d'ailleurs car la version de la comédie imprimée à Francfort en 1708 fut censurée par les responsables de la communauté juive qui étaient embarrassés par ses nombreux passages obscènes. Mais la tradition du Purimshpil est beaucoup plus ancienne: elle est mentionnée dès 1555. Du reste, à la lecture de la farce on s'aperçoit que l'auteur maîtrise parfaitement la technique théâtrale, comme le démontrent aussi les nombreuses didascalies (indications scéniques) rédigées en hébreu.
- Qu’est-ce qu’un Purimshpil?
N.-W. : Le Purimshpil est une farce carnavalesque jouée à l'occasion de Pourim. L'origine de ces réjouissances festives est très lointaine. On peut se demander si elles ne dérivent pas des processions et mascarades assyriennes qui avaient été adoptées ultérieurement en Perse. Ce qui est certain, c'est que des défilés ludiques de ce style à l'occasion de Pourim se déroulaient déjà dans l'empire byzantin : le Code théodosien (VIe siècle de l'ère commune) interdit aux Juifs de crucifier une effigie d'Haman à l'occasion des défilés de Pourim. L'origine directe de ce genre de festivités accompagné de représentations scéniques se trouve dans la tradition médiévale allemande des Fastnachtspiele de Mardi Gras. Du reste, Hans Sachs- le fameux Meistersinger - est lui-même l'auteur de deux pièces ayant pour thème le Livre d'Esther. Mais le Purimshpil trouve aussi son origine dans les facéties des élèves des Yechivoth (académies talmudiques) qui, dès le moyen âge, se livraient à diverses facéties à l'occasion de Pourim (élection d'un Rav de Pourim , sorte de Roi du Carnaval, tenue d'homélies comiques, port de cornes de bouc, etc.).
- Qu’est-ce qui caractérise les Purimshpiln?
N.-W. : Les Purimsphpiln sont des farces burlesques dans lesquelles Mordekhay assume en quelque sorte le rôle de bouffon. Comme toutes les comédies carnavalesques, l'humour grivois (et souvent obscène) recouvre en fait un esprit de protestation sociale, une forme d'humour de la Renaissance caractéristique des couches populaires, comme l'a démontré Mikhaïl Bakhtine en étudiant l'humour de Rabelais. ll y a donc derrière les pitreries une forme de critique sociale visant l'ordre établi, les normes communément admises et l'élite communautaire juive. Ajoutons à cela que le jeu scénique permet de donner expression à une série de frustrations et de pulsions normalement réprimées. Transgression qui opère comme une espèce de soupape de sûreté car elle ne dépasse pas le stade verbal, il n'y a pas de passage à l'acte.

« Se rire du destin Farce pour Pourim » - Traduit, présenté et annoté par Nathan Weinstock - avant-propos - 2016 - 160 pages - 17,95 euros - Site : www.avantpropos.eu

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Interview de Pierre Abramovici

28 Mars 2016

Interview de Pierre Abramovici

Pierre Abramovici : « Le prince Albert II de Monaco a créé une commission sur la spoliation afin d’aider les Juifs spoliés et leur descendants »

- Pierre Abramovici, vous êtes ancien grand reporter et journaliste d’investigation à TF1. Aujourd’hui historien, votre nouveau livre s’intitule: ”Monaco sous l’Occupation” (nouveau monde éditions). Dans ce livre, préfacé par SAS le prince Albert II de Monaco, vous consacrez plusieurs chapitres à la déportation des juifs monégasques. Combien de juifs vivent à Monaco quand la guerre éclate?
Pierre Abramovici : En 1940, très peu. Si l’on considère les juifs résidents (en tout petit nombre) dont aucun n’est de nationalité monégasque et les juifs de passage (dont certains vont rester) sans doute pas plus de quelques dizaines de personnes. Sachant que les Juifs ne se recensent pas, pour l’essentiel, soit parce qu’ils le refusent, soit parce qu’ils ne se sentent pas juifs (dans le sens d’une appartenance à une communauté). Le chiffre augmentera, au fur et à mesure des aléas de la guerre jusqu’à atteindre (si l’on en croit le consul d’Allemagne en 1944) aux alentours de mille personnes.
- Comment se comportent les Italiens avec les juifs?
P.-A. : L’antisémitisme est apparemment absent des rangs italiens. La communauté fasciste, très nombreuse à Monaco, dénonce la France, le prince, la monarchie mais jamais les juifs. Mieux, l’un des chefs fascistes locaux, qui se trouve être un prêtre en charge de la paroisse des Moneghetti, le RP Arici, convertit (faussement) plus d’une centaine de juifs issus pour l’essentiel du monde méditerranéen (Turquie, Espagne, Italie, Grèce etc.) En 1942, à l’entrée des troupes italiennes, il n’y aucune persécution antisémite, alors même qu’il y a des arrestations en grand nombre de citoyens monégasques, français et, pour les étrangers, surtout anglais. Plusieurs centaines. Si des juifs s’y trouvent c’est dû à leur nationalité, en aucun cas à leur religion.
- A partir de l’Occupation allemande en 1943, comment s’organise la déportation?
P.-A. : La déportation a déjà commencé sous Vichy avec les rafles de l’été 1942. Les Allemands fantasment sur le nombre supposé de juifs vivant à Monaco, au point que Eichmann, lui-même, imagine un nombre de juifs plus important que de résidents. Les opérations sont supervisées (à la différence des autres pays occupés) non pas par la Gestapo mais par le consulat d’Allemagne dirigé par un diplomate de carrière Walter von Hellenthal. Berlin cherche à préserver la fiction d’une principauté neutre pour y organiser ses réseaux financiers. Pour l’essentiel, les Allemands viennent de Nice et, en collaboration avec la police monégasque réquisitionnée, procèdent aux arrestations, généralement ciblées. Néanmoins, il y aura plusieurs rafles collectives, dans des hôtels, contre des juifs étrangers arrivés depuis peu. Certains juifs sont également arrêtés pour leurs activités dans la Résistance notamment les Gompers et les Ley mais ils sont déportés comme juifs et traités comme tels. D’autre part, aux lois antijuives de 1941 s’ajoute une loi spécifiquement antijuive (selon les Allemands) contre les étrangers (reconnaissables à des patronymes évidents), promulguée en 1943, qui va être destinée à rendre indésirables ces étrangers et à permettre leur expulsion vers la France, c'est-à-dire vers Beausoleil, afin de les faire arrêter par la police française, la Milice ou les forces allemandes.
- Peut-on parler de collaboration de la Principauté avec Vichy et l’Allemagne?
P.-A. : Sans aucun doute. Dès 1940, les Allemands arrivent en principauté avec comme objectif d’en faire un centre financier « neutre » pour mener leurs opérations, surtout vers d’autres pays neutres comme la Suisse, l’Espagne, le Portugal et l’Amérique latine. On va même créer deux institutions « neutres », Radio Monte-Carlo, censée irriguer en propagande la Méditerranée, et la Banque Charles dont l’objectif final sera de servir de banque nazie pour l’après-guerre (sans doute pour le blanchiment des capitaux volés). Le principal collaborateur des Allemands était, sans conteste, le Ministre d’Etat, Emile Roblot, qui se mettra au service de Berlin (sur la base des documents existants) dès 1941 mais il semblerait qu’il ait eu des contacts avec les Allemands dès 1939, peut-être même en 1938. A la différence de Pétain et Laval, Roblot, qui multiplie les déclarations en faveur de la collaboration avec les nazis, ne le fera jamais publiquement. Quant à Vichy, Monaco est institutionnellement pétainiste dès 1940 et le restera jusqu’à l’occupation italienne de novembre 1942.
- Monaco assume-t-il son passé?
P.-A. : C’est tout à l’honneur de SAS le Prince Albert II d’avoir reconnu et assumé ce passé tragique et honteux. Il a voulu que mes travaux soient facilités, pour ce qui concerne mes ouvrages et mon travail de recherche, au point qu’il m’a ouvert « sans réserves » les archives monégasques. Par ailleurs, il a créé une commission sur la spoliation afin d’aider les juifs spoliés et leurs descendants y compris dans leurs demandes d’indemnisation. Plus généralement, il a demandé pardon aux juifs de la participation des autorités monégasques à leur terrible sort. Il ne fait aucun doute que, grâce à lui, la question juive et la collaboration sont aujourd’hui assumées et reconnues. Il faut dire qu’outre ces éléments négatifs, il a souhaité que l’on fasse connaître les éléments positifs que sont les activités de la Résistance et la protection dont ont bénéficié 80% des Juifs vivant à Monaco. Il a aussi souhaité que les Monégasques d’aujourd’hui connaissent les conditions de vie des Monégasques d’alors. C’est tout le sens de mon travail dans cet ouvrage.

Pierre Abramovici - « Monaco sous l’Occupation » - nouveau monde éditions - novembre 2015 - 362 pages - 49 euros - Site : www.nouveau-monde.net

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Interview de Vincent Le Coq

11 Mars 2016

Interview de Vincent Le Coq

Vincent Le Coq : « Le livre examine les mécanismes de la spoliation secteur par secteur »

- Vincent Le Coq, vous êtes maître de conférences en droit public depuis septembre 2000. Vous êtes co-auteur avec Anne-Sophie Poiroux, avocate, diplômée notaire (DSN), du livre “Les notaires sous l’occupation (1940-1945)”. Sous le régime de Vichy, le notariat français a-t-il participé massivement à la spoliation des juifs?
Vincent Le Coq:Les chiffres fournissent, au demeurant, une bonne indication de l'importance de cette implication. Le chiffre d'affaires des notaires a quasiment doublé entre 1939 et 1942. Il bondit de 712 millions à 1 milliard 331 millions de francs. Ce chiffre national se décline par département. Ainsi, le chiffre d'affaires des notaires de Gironde, qui s'établit à 34 207 792, 63 francs en 1942 ne s'élevait qu'à 16 861 291, 43 francs en 1938. Les rapports officiels pour le Var, comme pour les Bouches du Rhône, précisent même que l'année 1942 est "exceptionnelle pour tous les notaires du département". Mais il serait faux de croire que le régime de Vichy aurait décidé de confier la mise en oeuvre au quotidien de la spoliation des juifs aux notaires pour des motifs de technique juridique. Une note du CGQJ de mai 1942 précise qu'en cas de choix entre un notaire et un avocat, il faudra choisir exclusivement le notaire. Pour mémoire, s'agissant des donations, les deux professions étaient en concours, de même que pour les ventes immobilières, dont le monopole n'a été attribué aux notaires qu'en 1956. L'explication du choix des notaires par Vichy n'est pas d'ordre technique mais d'ordre idéologique. C'est pourquoi le livre présente d'abord les relations entre le régime de Vichy et les notaires. Il montre que le notariat a fait l'objet d'une prise de pouvoir, dès 1940, par un syndicat d'obédience vichyste, l'Association Nationale des Notaires de France. Le livre confirme cette proximité avec l'examen des relations fonctionnelles entre le CGQJ, les administrateurs provisoires et les notaires. Les notaires avaient en effet établi dès le départ une liaison institutionnelle avec le CGQJ.
- La profession se défend depuis 70 ans. Démontrez-vous son implication dans les spoliations?
V-L-C: En effet, la profession a retenu la posture du déni et a opposé aux recherches monographiques (Marseille, Grenoble, Bordeaux) la méthode de la fermeture des archives, ce qui est évidemment un indice fort de ce que les notaires sont parfaitement conscients de la réalité de leur attitude durant l'Occupation. Le livre examine les mécanismes de la spoliation secteur par secteur : ventes immobilières, successions, gestion des fonds et des titres par les notaires, avant d'examiner la question transversale des consignations. A chaque fois, il apparaît que les notaires ont tiré parti du texte et sont même allés au-delà du régime mis en place par Vichy. S'agissant du secteur immobilier, les notaires ont procédé à des ventes au-delà du texte de la loi qui excluait l'habitation principale et au-delà du terme. A Bordeaux, le directeur du service des séquestres a été contraint de saisir le président de la Chambre des notaires par une lettre du 5 septembre 1944 pour lui intimer l'ordre de mettre fin aux spoliations.
- L’enquête minutieuse que vous avez menée révèle-t-elle quelque chose d’essentiel?
V-L-C: A notre sens, ce livre révèle deux points occultés. Il met en évidence le fait que le notariat a, soit par idéologie s'agissant des institutions représentatives de la profession, soit par cupidité au niveau des notaires, participé massivement à cette spoliation. Il apparaît notamment que la profession n'a pas été épurée en 1945 et que les notaires n'ont pas été sanctionnés. C'est la première révélation. La seconde révélation porte sur la complicité constante des institutions étatiques dans la préservation, et ce, jusqu'à nos jours, du secret entourant l'implication du notariat dans la spoliation. A titre d'illustration, le gouvernement actuel vient de procéder à une réforme du tarif des notaires. Cette réforme se traduit par une diminution de 2, 5 % du tarif à compter du 1er mai. Or, le livre produit des rapports, des Chambres, du CSN, mais également des procureurs généraux montrant qu'une augmentation du tarif a été obtenue par les notaires en 1945 en compensation de la baisse d'activité observée à partir de 1943. Cette baisse d'activité s'explique par une multitude de facteurs, militaires (débarquement anglo-américain en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, la défaite de Stalingrad, le 2 février 1943, la défaite de l'Allemagne lors de la bataille de chars de Koursk), mais également politiques, avec l'abrogation des lois raciales de Vichy en Afrique du Nord. Pour l'écrire en une formule, acheter un bien spolié peut, à compter de 1943 cesser d'apparaître comme un placement judicieux. Or, cette augmentation du tarif de 30 % opérée en 1945, donc par la République, n'a jamais été remise en cause depuis 70 ans. Et le gouvernement actuel en préserve l'essentiel pour l'avenir.
- Est-ce le premier ouvrage qui s’intéresse sérieusement à ce sujet?
V-L-C: Le seul précédent connu est un petit livre de 73 pages, rédigé en 1965, par deux notaires sur le mode hagiographique. Les contre-vérités véhiculées par ce livre pourraient faire regarder ses deux auteurs comme révisionnistes. Un sujet de thèse a été déposé au fichier national des thèses, mais il ne semble pas que le travail ait abouti. Le livre se clôt sur l'analyse du régime juridique du crime contre l'humanité. Car, si on leur applique la décision condamnant Maurice Papon, les notaires doivent être regardés comme complices de crime contre l'humanité. Et le recel de complicité de crime contre l'humanité n'est donc pas prescrit. La prochaine étape est à l'évidence la question des restitutions, seulement abordée dans le livre. C'est un chapitre, à notre sens nécessaire, mais encore plus sensible car il pourrait montrer que, non seulement nombre de notaires ont été très actifs pour donner leur plein effet aux spoliations durant l'occupation, mais après guerre, les mêmes ont été également très efficaces pour éviter les restitutions aux victimes.
Vincent Le Coq - Anne-Sophie Poiroux « Les notaires sous l’occupation ( 1940 – 1945) Acteurs de la spoliation des juifs » - nouveau monde éditions - Octobre 2015 - 496 pages - 24 euros - Site: www.nouveau-monde.net
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