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Interview de Max Kohn

17 Juin 2013

Interview de  Max Kohn

Max Kohn : L’idéologie antisémite amalgame très vite le Juif au vampire

- Max Kohn, vous êtes maître de conférences à l’Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, membre du laboratoire C.R.P.M.S (Centre de recherches en psychanalyse, médecine et société) EA 3522, psychanalyste, membre d’Espace Analytique (site : www.maxkohn.com ). Un vampire sur le divan (MJW Fédition) est votre dernier livre. Que représente le vampire dans notre inconscient ?

- Max Kohn : Le vampire représente dans notre inconscient une dimension archaïque d’une relation avec un autre sur un mode fusionnel dont le modèle est dans la relation mère-enfant. Pour Françoise Dolto, c’est ce qui se passe dans le ventre maternel entre le fœtus et le placenta, une dépendance et une transfusion sanguine permanente.

Une fois le bébé sorti du ventre maternel, cette étape qui permet la vie est interrompue. La coupure du cordon ombilical fait que l’embryon est séparé de sa mère et doit vivre dans une certaine indépendance. Cette transfusion permanente et cette dépendance totale vis-à-vis d’un autre sont présentes dans la représentation du vampire au niveau de l’inconscient.

La représentation du vampire comme immortel renvoie aussi à l’idée de Freud pour qui l’inconscient ignore la mort.

- Comment expliquer que le vampire occupe une telle place dans notre culture ?

- M.K : C’est à partir de cette transfusion sanguine imaginaire permanente et de ce désir d’immortalité que le vampire en vient à occuper une telle place dans la culture occidentale, mais aussi dans le monde entier puisque l’on retrouve cette représentation du vampire dans de très nombreuses cultures.

Cela concerne la séparation des vivants et des morts dans une société dans la mesure où celle-ci n’est jamais acquise une fois pour toutes et que c’est seulement grâce à des rituels et à des mythes qu’on peut la mettre en place.

La littérature, le cinéma et la télévision s’emparent de la figure du vampire pour en faire des œuvres artistiques qui ont un très large retentissement. Il existe un marché de l’art concernant le thème du vampire parce qu’il touche à de l’archaïque pour le bébé dans son désir d’immortalité et de dépendance du lait maternel qui est remplacé par le sang.

Le vampire concerne aussi un désir d’immortalité dont on ne peut pas faire le deuil.

- Le vampire nous ramène-t-il à certaines peurs et désirs infantiles, archaïques ?

- M.K : Le désir infantile archaïque se trouve du côté de l’immortalité, c’est aussi du côté de la toute puissance au niveau oral de la morsure. Cela porte sur la morsure et l’apparition de la première dent qui est un événement traumatique pour le bébé et qui fait que pouvant mordre, il a peur d’être mordu. La morsure est une possession d’un bout de corps de l’autre, c’est une possibilité de faire mal qui est aussi traversée par la peur d’avoir mal.

Tout ce qui concerne le stade oral est une menace pour le bébé et ses parents ne manquent pas de le mordiller lorsque ce dernier les mord. Il y a un retournement possible de ce que l’enfant fait à chaque fois qu’il avance dans la vie et que des modifications ont lieu dans son corps qui peuvent être vécues comme dangereuses pour lui.

- Les antisémites ont fait un rapprochement entre le vampire et le Juif. Peut-on expliquer rationnellement un tel degré de haine ?

- M.K : Le vampire n’est pas particulièrement juif mais le Juif peut apparaître comme un vampire dans l’idéologie antisémite parce que c’est un suceur de sang. C’est celui qui peut commettre des meurtres rituels à la Pâque juive en prenant du sang des enfants chrétiens pour confectionner du pain azyme, et c’est celui qui exploite économiquement.

L’idéologie antisémite amalgame le Juif avec le vampire, le vampire étant un stéréotype qui concerne tout le monde : c’est-à-dire que c’est une puissance qui peut faire du mal et contaminer chacun en lui arrachant son sang malgré sa volonté.

Le stéréotype qui concerne le Juif chez le vampire touche l’oralité, l’immortalité et la contamination.

L’oralité déployée avec les dents pour sucer le sang des victimes chez le vampire est aussi une haine du juif dans son rapport à l’oralité. Il y a un aller-retour infini entre l’oral et l’écrit dans la tradition juive où rien n’est fixé une fois pour toutes. L’oralité du Juif ne peut pas être contrôlée.

La haine du Juif comme vampire se situe au niveau du risque d’être englouti par son oralité.

Max Kohn « Un vampire sur le divan » éditions MJW Fédition 160 pages 20 euros

www.mjw-fedition.com

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