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Interview de Shmuel Trigano

28 Avril 2013

Interview de Shmuel Trigano

Une vision du peuple juif selon Shmuel Trigano

Shmuel Trigano, vous êtes pr. Des Universités, directeur-fondateur des revues Pardès et Controverses. Votre dernier livre s’intitule: Politique du peuple juif (François Bourin éditeur). Qu’entendez-vous par le terme politique?

Shmuel Trigano: Il n’y a de « politique » que pour des sociétés, des collectivités. Je pars donc de l’hypothèse qu’il y a dans l’histoire un peuple juif, en lequel je reconnais un acteur politique même lorsqu’il est dispersé, « en exil », c’est à dire sans qu’il dispose d’une souveraineté. Cela implique une deuxième hypothèse, à savoir qu’il peut y avoir du politique sans Etat. Mais aujourd’hui il y a un Etat juif et c’est une situation radicalement nouvelle qui met un terme à la condition exilique. Cet ensemble d’hypothèses que je démontre évidemment et pas seulement dans ce livre me conduisent à approfondir dans la théorie la notion de « peuple juif » et à réfléchir à la politique qui lui est adéquate pour assurer sa continuité et atteindre ses objectifs fondamentaux, conformes à sa culture et son identité collective. Notamment dans l’ère nouvelle qui s’est ouverte, époque de résurgence et de restauration d’un peuple juif.

L’antisémitisme n’est pas une nouveauté. Le conflit israélo-palestinien lui a-t-il donné un nouvel essor, une nouvelle orientation?

S.T: La cause palestinienne est tout simplement devenue le cheval de Troie de l’antisémitisme classique, celui de l’extrême gauche et de l’extrême droite, celui de l’islam et parfois du christianisme. Des images très archaïques de la haine des Juifs ont ressurgi. Les Palestiniens eux mêmes ont opté pour une politique antisémite à l’instar du monde arabe qui vise à construire les Juifs comme une engeance cruelle, perfide, aux ramifications mondiales, etc. Il suffit de lire leur presse et de voir leur télévision, d’entendre en arabe le discours qu’ils ne tiennent pas aux gogos occidentaux. De nombreuses études ont démontré que cet antisémitisme a pris forme dans la caricature et les représentations déjà à l’époque de Nasser et qu’il fut à l’origine l’œuvre de nazis réfugiés après guerre en Egypte et en Syrie. La généalogie est très claire. Nous sommes effectivement entrés dans un nouvel âge de la haine.

Comment expliquer cette volonté de délégitimer Israël?

S.T: L’objet de la haine antisémite est depuis toujours le peuple juif. Son habillage peut être religieux, racial, national. En délégitimant l’Etat d’Israël et surtout même l’idée de peuple juif, on vise à sa disparition, c’est-à-dire, objectivement son extermination. S’il n’y a pas de « peuple juif », il ne doit pas y avoir d’état et si malgré tout il existe ce ne peut être que le résultat d’un complot des Juifs en vue d’une domination ou d’un profit. Il faut noter que, comme dans toute crise antisémite, il y a des Juifs en phase terminale dans leur pathologie juive qui font chorus avec les ennemis des Juifs pour proclamer qu’il n’y a pas de peuple juif. C’est un acte politique grave mais cela ne change rien à l’existence d’un epuple juif.

Existe-t-il (selon vous) des motifs rationnels qui ont permis au peuple juif de se maintenir alors que les civilisations de l’Antiquité ont disparu?

S.T: Absolument. Il y a bien sûr une dimension métaphysique très concrète. J’en ai analysé le système dans mon récent livre Le judaïsme et l’esprit du monde (Grasset 20111). Mais il y a aussi un sytème très cohérent à l’œuvre dans l’ordre anthropologique, sociologique, politique, institutionnel. Je le démontre, je crois, de façon très systématique dans ce livre. Je dirais que la condition juive conjugue deux forces contradictoires, l’immanence et la transcendance. En effet le judaïsme c’est à la fois un peuple et une église (knesset). La scène fondatrice du Sinaï l’illustre : un peuple entier (et pas un individu) reçoit la révélation, ce qui situe ses membres au rang à la fois d’un peuple et d’une société religieuse. De surcroît cette fondation est politique : elle repose sur une alliance et un contrat (la Torah devenue alors constitution) et sur le consentement de toutes les parties de cette assemblée.

Shmuel Trigano Politique du peuple juif François Bourrin Editeur 348 pages. 22 euros. www.bourin-editeur.fr

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