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Interview de Jean-Luc Guillet

18 Juin 2015

Interview de Jean-Luc Guillet

Jean-Luc Guillet: « Charles Gottlieb avait une forte personnalité et savait exactement ce qu'il voulait »

- Jean-Luc Guillet, vous êtes l’auteur du livre “ Auschwitz, survivre et témoigner” (Les éditions Ovadia). Avant son décès le résistant et déporté Charles Gottlieb vous a livré son témoignage. Comment s’est déroulée votre première rencontre ?
Jean-Luc Guillet: Le rendez-vous concernant le projet d’écriture s’est organisé, à l’initiative de Michèle Merowka, à son domicile, au quartier de Cimiez. Avant d’aller plus en avant, nous devions être certains que nous nous entendrions parfaitement. Notre collaboration devait durer plusieurs mois. Charles avait une forte personnalité et savait exactement ce qu’il voulait. Avant de commencer, il m’a dit : « Je veux une écriture sans effets littéraires, sans grandes envolées. Je souhaite un témoignage sobre ». C’est, je crois, le résultat auquel nous sommes parvenus. -
- Qu’est-ce qui fut le plus douloureux à raconter pour Charles Gottlieb ?
- J.-L. G.: Les sévices et les meurtres perpétrés par les nazis sur ses compagnons d’infortune dans les camps d’Auschwitz, mais aussi Mauthausen et Ebensee. Deux cauchemars traumatisaient encore ses nuits. Le premier concernait les corps des Juifs hongrois qui étaient jetés, après être passés par les chambres à gaz, dans des fosses crématoires. Il avait été témoin des faits depuis la cabane en bois où il était enfermé, en regardant à travers les interstices des planches. Il en avait encore l’odeur de chair brûlée dans les narines. Le second, concernait le jour où, après avoir creusé une longue et profonde tranchée pour y installer des tuyaux d’évacuation, les SS ont poussé dedans des prisonniers avant de les faire enterrer vivants par leurs camarades. Il entendait encore leurs voix les suppliants de les laisser vivre, de ne pas les enterrer. Le sort réservé aux enfants, aux nourrissons, restait une blessure vive.
- Charles Gottlieb est-il resté malgré tout un homme optimiste ?
J.-L. G.: A quatre-vingt-dix ans, Il croyait encore fortement en la jeunesse. En sa capacité à se mobiliser contre les injustices. D’où ses inlassables interventions dans les établissements scolaires pour raconter son histoire et pour échanger avec les élèves. Si croire en la jeunesse est une forme d’optimisme, alors il l’était.
- Comment avez-vous procédé pour illustrer ce livre ?
J.-L. G.: A partir de son témoignage, j’effectuais des recherches auprès d’organismes (résistance, déportation…). Je lui montrais ensuite les documents trouvés. Il sélectionnait uniquement ceux qui faisaient écho à son récit, à l’exemple de la photographie de couverture représentant l’arrivée des Juifs hongrois à Birkenau. Une cinquantaine de documents illustre ainsi le livre, de l’enfance aux voyages de la mémoire.

Jean-Luc Guillet - « Auschwitz, survivre et témoigner » - Juin 2016 - 166 pages - 16 euros - Site: www.leseditionsovadia.com

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Interview d'Alain Chatriot

15 Mai 2015

Interview d'Alain Chatriot

Alain Chatriot « Mendès France a eu à souffrir de violentes attaques antisémites »

- Alain Chatriot vous êtes chargé de recherche au CNRS, au Centre de Recherches Historiques (CNRS/EHESS) à Paris. Vous êtes l’auteur du livre “Pierre Mendès-France Pour une république moderne” (Armand Colin). Qu’est-ce qui vous parait essentiel dans la vie et la carrière de cet homme politique?
Alain Chatriot: Ce qui m'a intéressé dans ce livre qui est à la fois une synthèse et un travail de recherche historique c'est de reprendre l'ensemble de la trajectoire politique de Mendès France pour tenter de mieux la comprendre et de dépasser quelques images parfois trop simples que l'on en conserve. J'ai bien sûr voulu situer sa place dans l'histoire de la gauche française au XXe siècle mais j'ai aussi souhaité analyser au plus près ses idées sur les institutions républicaines et sa pratique politique. De ce point de vue, son expérience comme président du Conseil sous la IVe République méritait d'être suivie de près et dans le même temps, il me fallait rappeler ses expériences précédentes (sous le Front populaire, dans la France libre, comme ministre à la Libération) et suivantes (face à la Ve République ou en mai 68).
- Le judaïsme a-t-il occupé une place importante dans la vie de Pierre Mendès-France?
A.-C.: A la fin de sa vie, Pierre Mendès France s'est expliqué sur son rapport au judaïsme en revenant sur ses origines familiales. Fils de Cerf-David Mendès France d'une famille de commerçants bordelais, issue d'une tradition marrane portugaise, et de Palmyre Cahn d'une famille de commerçants strasbourgeois, Mendès France est toute sa vie intéressé par sa généalogie familiale. Son père ne pratiquait pas, sa mère davantage et sa grand-mère maternelle l'a dans son enfance marqué d'une éducation religieuse. En 1976, il revient sur cette dimension de sa vie au cours d'un entretien. A la question posée de ses rapports avec le judaïsme "d'une manière générale", sa réponse est directe : "De rapports officiels, je n'en ai guère. Je ne suis pas religieux ni pratiquant. De ce point de vue, les relations sont peu nombreuses. Par contre, je sais profondément que je suis juif, et mes enfants le savent comme moi. Et, à supposer d'ailleurs que je vienne à oublier que je suis juif, les antisémites me le rappelleraient aussitôt."
- A-t-il été victime d’attaques antisémites?
A.-C.: Tout au long de sa carrière politique, Mendès France a eu à souffrir de violentes attaques antisémites dont on peine parfois aujourd'hui à saisir l'ampleur. L'extrême-droite s'est bien sûr déchainée mais les attaques ont parfois émané d'autres partis politiques. Avec Léon Blum, il est un des hommes de la gauche française les plus critiqué. Ses attaques commencent dès sa première campagne législative en Normandie en 1932 et existent encore en 1968 lorsqu'il se présente devant le suffrage universel pour une dernière fois à Grenoble. Le moment de la Seconde Guerre mondiale a bien sûr été difficile car il a eu à faire face à un procès inique mené par un tribunal militaire à Clermont-Ferrand et durant lequel la presse collaborationniste parisienne le ciblait nettement.
- Comment expliquez-vous que Pierre Mendès-France a été un des premiers hommes politiques français à proposer des pourparlers de paix entre israéliens et palestiniens?
A.C.: Sa volonté de participer activement au processus de paix au Proche-Orient durant les années 1970 rencontre plusieurs de ses préoccupations. A l'époque, pour des raisons de santé, il se met en retrait de la vie politique française et souhaite continuer d'agir politiquement. On l'oublie un peu mais il a toujours eu beaucoup de contacts à l'international et une habitude des négociations (de la conférence de Bretton Woods à laquelle il avait participé aux tractations de paix sur le dossier indochinois). Enfin, il s'investit sur ce dossier car son intérêt pour le devenir d'Israël est ancien. Sur ce dossier, on retrouve sa vision de la politique : regarder les problèmes en face en évitant l'idéologie et faire se rencontrer directement les parties prenantes. Avec le soutien de sa seconde femme, il accueille ainsi en France des acteurs du conflit pour tenter de les faire avancer sur différents dossiers. Quelques mois avant sa mort, il s'engage encore publiquement contre les formes prises par la guerre au Liban en 1982 et cosigne une tribune avec Nahum Goldmann, ancien président du Congrès juif mondial et Philip Klutznick, ancien ministre du président Carter.

Alain Chatriot - Pierre Mendès-France Pour une république moderne - 320 pages - Armand Colin - Février 2015 -

site: www.armand-colin.com

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Interview de Jacques Bendelac

3 Mai 2015

Interview de Jacques Bendelac

Jacques Bendelac: “Les Israéliens innovent sans cesse”

- Jacques Bendelac, vous êtes économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem, vous êtes co-auteur avec Mati Ben-Avraham journaliste indépendant à Jérusalem, du livre “Les Israéliens hypercréatifs !” (HD ateliers henry dougier). Qu’est-ce qui permet de dire que les Israéliens sont hypercréatifs?
Jacques Bendelac: En examinant de près le mode de vie des Israéliens, nous nous sommes rendu compte que l'hypercréativité est présente dans tous les domaines. Les Israéliens innovent sans cesse, et pas seulement dans la haute technologie, mais aussi dans les arts, la littérature, le cinéma, la presse ou l'œnologie. Même dans le champ politique, les Israéliens innovent pour se créer une identité commune, pour se trouver un terrain d'entente qui puisse faire vivre ensemble des individus à la culture et religiosité si diverses. Par exemple, si Israël se proclame "juif et démocratique", c'est un compromis idéologique adopté en 1992 pour permettre de faire cohabiter des communautés parfois très différentes, dans un pays où la coexistence de l’État et de la religion est perpétuellement remise en cause.
- La diversité de la société israélienne explique-t-elle cette hypercréativité?
J.-B.: Depuis 67 ans, Les Israéliens sont à la recherche de leur identité commune. Ce qui n'est pas facile pour un peuple si divers, composé de juifs, de musulmans et chrétiens, de riches et de pauvres, de séfarades et d'ashkénazes, de religieux et de laïcs, de ceux qui soutiennent l'Etat et de ceux qui s'en accommodent, etc. Pendant longtemps, on a cru que l’on pouvait brasser tout ce monde dans un creuset pour créer un « homme israélien nouveau », une sorte de Homo Hebraïcus dans lequel chaque israélien pourrait s’identifier. Si la société israélienne a créé cet homme nouveau, c’est seulement en partie. En attendant, il semble que l'hypercréativité soit un trait d’union qui relie les 8 millions d'Israéliens. Mais ce caractère d'hypercréativité est aussi pour les Israéliens un moyen de s'adapter aux changements sociétaux. Lorsque le kibboutz fait faillite, on invente le "nouveau kibboutz" qui n'a de l’ancien kibboutz que le nom; lorsque la famille traditionnelle ne remplit plus son rôle (dans le milieu juif orthodoxe), on invente une "nouvelle famille", celle où la femme travaille et l'homme étudie; lorsque les Israéliens sont menacés par les missiles tirés depuis la bande de Gaza, on invente un « dôme de fer » qui va les protéger.
- Ce livre est-il en fin de compte un portrait des Israéliens aujourd’hui?
J.-B.: Effectivement, mais un portait des Israéliens sous un angle que l'on ne connait pas ou peu. Nous sommes partis à la rencontre de ce peuple, dont nous faisons partie depuis plus de trente ans, pour essayer de déceler ces aspirations sur les grandes questions de sociétés : la relation entre l’État et la religion, le défi de la démocratie, le fossé entre laïcs et religieux, les inégalités sociales, etc. Le lecteur croisera Daphnée Leef, la pasionaria de la protestation sociale de l’été 2011, David Harari, le père du drone israélien, Eli Benzaken, vigneron du terroir judéen, Nissim Dayan, cinéaste et historien du cinéma, et beaucoup d’autres créateurs qui façonnent la société, l’économie et l’identité israéliennes. Il se laissera entraîner dans les ruelles du marché Mahané Yehouda à Jérusalem et dans les parlements populaires du vendredi matin, sorte de café du commerce à l’Israélienne. Bref, ce livre n’est pas un guide touristique, mais un voyage au sein d’un peuple ancien qui vit dans un pays moderne ; un livre qui fera partager au lecteur les valeurs et les passions qui animent les Israéliens, les personnes et les lieux qui les incarnent.

Jacques Bendelac et Mati Ben-Avraham “Les israéliens hyper-créatifs! - HD ateliers henry dougier - mars 2015 - 144 pages - 12 euros - www.ateliershenrydougier.com

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Interview de Jacky Milewski

15 Avril 2015

Interview de Jacky Milewski

Jacky Milewski « Prier pour que la vieillesse advienne dans les meilleures conditions »

- Jacky Milewski, vous êtes rabbin, docteur en droit. Votre dernier livre s’intitule « La vieillesse dans le judaïsme ». Comment le judaïsme aborde-t-il le phénomène de la vieillesse?
Jacky Milewski : Le judaïsme appréhende la vieillesse avec beaucoup de dignité, de considération, d'attention. Loin de reléguer la personne âgée dans la périphérie sociétale, la Torah enseigne la centralité de la personne âgée dans la vie familiale et communautaire. La dignité que l'on doit à un humain est sans rapport avec son âge, ses aptitudes physiques ou mentales. L'ultime référent de l'humain est pour nous l'âme. A ce titre, la déficience de mémoire par exemple n'enlève en rien à la dignité intrinsèque de la personne humaine.
- Selon le judaïsme, la vieillesse est-elle synonyme de sagesse?
J.-M. : Elle peut l'être car la vieillesse ne surgit pas de nulle part. Elle résulte de toute une vie. Donc, si pendant celle-ci, on a beaucoup étudié la Torah, si on a réfléchi et analysé ses textes, pensé et examiné, ses leçons, si on a appris à regarder le monde à travers le prisme de la sagesse de notre tradition, alors oui, bien sûr, la vieillesse peut mener à la sagesse. Les grands maitres du judaïsme sont des personnes âgées, au visage ridé et aux cheveux blancs.
- La société occidentale est un peu dans le déni de la vieillesse, le judaïsme propose-t-il une approche différente?
J.-M. : Ce déni de la vieillesse résulte du projet de la société ou justement de l'absence de projet pour la société. Dés lors que l'on considère le judaïsme comme une affaire de transmission, il impose la rencontre entre les générations, et donc la considération de la parole émanant de celui qui symboliquement porte en lui la mémoire d'une civilisation, l'histoire d'une tradition. On sait où l'on va si l'on sait d'où l'on part. La personne âgée, l'ancien, est un point de repère incontournable pour se situer dans la vie.
- Selon la Torah, faut-il préparer sa vieillesse?
J.-M. : Oui, il faut même prier pour qu'elle advienne dans les meilleures conditions. Il faut aussi penser par exemple le temps de la retraite, ne pas attendre qu'elle survienne pour se demander ce que l'on va faire de ce temps devenu disponible. Et précisément, dans la tradition juive, ce temps peut être mis à disposition de l'étude de la Torah, d'activités sociales et communautaires; il s'agit de devenir un élément actif de la transmission, donc d'intégrer les rangs d'un autre type de population active.

Jacky Milewski - « La vieillesse dans le judaïsme » - Editions Hermann - janvier 2015 - 166 pages – 20 euros – Site : www.editionshermann.fr

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Interview de Claude-Catherine Kiejman

27 Mars 2015

Interview de Claude-Catherine Kiejman

Claude-Catherine Kiejman : Aucune autre femme au XXème siècle n'a autant que Golda contribué à la création d'un état

- Que sait-on de l’enfance et de l’adolescence de Golda Meir ?
Claude-Catherine Kiejman: Née à Kiev en 1898 dans une pauvre famille juive, la petite enfance de Golda Meir est marquée par la terreur des pogroms et par l’impuissance des siens à résister. Ainsi prend- elle très vite conscience qu'il faut apprendre à se défendre pour survivre. Elle n'a que huit ans lorsqu'elle quitte l´Empire des Tsars pour émigrer aux USA avec sa famille, dont sa sœur aînée, qui, militante sioniste, est un modèle pour elle. Devenue une jeune américaine qui se destine à l'enseignement, elle ne s'engage pas moins très jeune dans le mouvement sioniste socialiste avec comme but de rejoindre la Palestine. Ce qu'elle fait en 1921.
- Le passé de Golda Meir a-t-il été déterminant dans sa carrière politique ?
C.-C.-K.: Golda a conscience que les Juifs persécutés depuis des millénaires doivent savoir se défendre et posséder un foyer qui leur soit propre comme l'a voulu Théodore Herzl. Elle y mettra toute son énergie et sa force de conviction.
- Quel rôle a joué Golda Meir dans la création de l’Etat d’Israël ?
C.-C.-K.: Parmi les nombreuses tâches qu'elle remplit, nul doute que sa familiarité avec l' Amérique joue un rôle essentiel car elle va y recueillir, grâce a sa connaissance des milieux juifs américains, des sommes considérables, qui vont servir au jeune État d'Israël à acheter des armes pour lutter contre les armées arabes qui l'attaquent au lendemain de la proclamation de son indépendance.
- Golda Meir était-elle une femme politique par moments controversée ?
C.-C.-K.: Beaucoup lui reprochent son intransigeances, son manque de nuances, et d'être limitée dans ses vues du contexte régional par son obsession de la sécurité. Aujourd'hui, le plus grand reproche qui lui est fait est de ne pas avoir été à la hauteur, lorsque devenue premier ministre à 71 ans, a éclaté la guerre de Kippour déclenchée notamment par l'Égypte et la Syrie. Son parcours n' en reste pas moins remarquable par les nombreuses responsabilités qu' elle a eues. Aucune autre femme au XXème siècle n'a autant que Golda contribué à la création d'un état.

Claude-Catherine Kiejman - “Golda Meir - Une vie pour Israël » - Janvier 2015 - 336 pages - Tallandier. Site : www.tallandier.com

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Interview de Jean-Jacques Moscovitz

21 Mars 2015

Interview de Jean-Jacques Moscovitz

Jean-Jacques Moscovitz: Le cinéma nourrit notre imaginaire

- Jean-Jacques Moscovitz, vous êtes psychiatre, psychanalyste, membre d’Espace analytique, membre fondateur de “Psychanalyse actuelle” (1986) et de l’association “Le regard qui bat”. Vous êtes l’auteur de “Rêver de réparer l’histoire... Psychanalyse Cinéma Politique” (érès). Peut-on faire un rapprochement entre psychanalyse et cinéma?

Jean-Jacques Moscovitz : Oui puisque je le fais . Le cinéma nourrit notre imaginaire, il nous civilise bien qu'il montre des crimes ou des amours fous et impossibles dans la vie de tous les jours et nuits. Ça montre comment s'agencent nos désirs en les amplifiant, et ces désirs sont dits par Freud indestructibles . Freud les nomment ainsi car ce sont des désirs de meurtre et des désirs d'inceste... ils restent le plus souvent inconscients heureusement et le cinéma nous les montre. L'art du cinéma et l'intelligence de l'inconscient se retrouvent, se regardent et s'écoutent.

- Le cinéma est-il un outil incontournable pour maintenir le souvenir de la Shoah?

J.-J.-M. : Le mot outil convient, car le but est de transmettre ce qui s'est passé . Ce n'est pas que l'image soit incontournable (elle est parfois très mal utilisée), c'est que l'image mise en film oblige le spectateur de cinéma à être responsable de ce qu'il perçoit. Utilisée comme dans « Shoah » de Lanzmann, elle permet d'être allégé du poids de ce crime sans précédent.

- D’où vient votre passion pour le cinéma?

J.-J.-M. : Je n’ai pas de passion pour le cinéma. Seulement il m'enseigne ce que les patients en analyse nous disent. Et c'est très fort de découvrir cela, et souvent un psy entend telle personne en analyse parler d'un film qui l'aide beaucoup pour avancer à condition de dire la part des choses. Et quand le praticien sait faire la part des choses entre le récit du film et ce que l'analysant dit dans sa séance

Jean-Jacques Moscovitz - « Rêver de réparer l'histoire...» - éres - 208 pages - janvier 2015 www.editions-eres.com

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Interview de Jean-Marc Alcalay

27 Février 2015

Interview de Jean-Marc Alcalay

Jean-Marc Alcalay : C'est la Bible, la Thora qui a permis au peuple juif de rester juif alors qu'il n'avait plus de nation.

- Jean-Marc Alcalay, vous êtes psychologue clinicien, vous êtes l’auteur du livre Lé-Haïm! Israël 1948” (Ysec). Dans ce livre soulignez vous certains thèmes sensibles que l’on tente aujourd’hui d’occulter en raison du conflit israélo-palestinien ?

Jean-Marc Alcalay : Oui, je pense que l'idéologie anti-israélienne a remplacé les faits historiques que j'ai voulu rappelés. A savoir par exemple que jamais un Etat palestinien n'a existé en dehors de la partition entre un Etat juif et un Etat arabe, votée par l'ONU le 29 novembre 1947. Jusque- là, la Palestine, ainsi baptisée par les Romains après la destruction du Temple, qui voulaient effacer le nom d'Israël, n'a toujours été qu'un district des différents empires qui ont succédé... De même, la Shoah n'est pas à l'origine de la création d'Israël, puisqu'elle a débuté en 1840 avec le sionisme religieux, puis s'est concrétisée en 1897 avec le sionisme politique de Théodore Herzl. D'une façon plus large encore, nous pourrions dire que le sionisme qui n'avait pas encore ce nom a commencé dès les premières expulsions des juifs de leur pays, à Babylone (589) d'abord puis avec la diaspora ensuite issue de la destruction du Temple de Jérusalem... Nous pourrions rajouté qu'Israël, ce que ce livre veut aussi démontrer, n'est pas né de la culpabilité des pays après la Shoah. Le vote à l'ONU n'a fait que refléter les intérêts stratégiques des uns et des autres... De même, sait-on que les pays arabes qui ont envahi le jeune Etat juif dès son Indépendance déclarée voulaient en même temps supprimer la Palestine naissante. Témoin l'arrivée des Egyptiens à Gaza deux jours après leur invasion. Sitôt arrivés, ils ont désarmé les habitants de Gaza... Nous pourrions multiplié les exemples comme celui des réfugiés dont seuls les Palestiniens peuvent revendiquer aux yeux de l'ONU le chiffre de sept millions, leurs descendants étant aussi comptés comme réfugiés. A noter que les pays arabes n'ont pas voulu les intégrer. C'est bien eux qui ont construit des camps dits de réfugiés, non les Israéliens..De même ne parle-t-on que rarement des juifs chassés d'une façon ou d'une autre des pays arabes, estimés entre 850 000 et 900 000, à partir de 1948, si bien qu'il n'y en a pratiquement plus dans le monde arabe... Les « frontières » sont aussi discutables, un mot trop souvent utilisé par les détracteurs d'Israël puisque seules des lignes de cessez-le-feu existent depuis 1948.... Lignes de cessez-le-feu donc mais pas frontière avec les territoires palestiniens...

- Pourquoi commencez-vous votre livre par des références bibliques?

J.-M.-A. : Parce que c'est la Bible, la Thora qui a permis au peuple juif de rester juif alors qu'il n'avait plus de nation. C'est la puissance du verbe du texte, du signifiant qui a permis la survie de ce peuple au-delà des siècles jusqu'au rétablissement de sa souveraineté en Israël... Il fallait aussi rappeler que le sionisme n'est pas "tombé du ciel" mais qu'il est le résultat du mouvement même de l'histoire juive depuis sa dispersion en même temps qu'il s'inscrit dans les mouvements qui au XIX e siècle ont amené les peuples à s'émanciper, dont le peuple juif en recréant son Etat. Mais oui, donc c'est la Bible qui l'a soutenu, qui a cimenté le peuple juif pendant toutes ces années d'errance à travers le monde. L'idée de retour est aussi très présent dans la Bible : il suffit de se souvenir de la fin de la prière de Pessah : "l'an prochain à Jérusalem"....

- En tant que psychologue, que vous inspire l'attitude du monde occidental à l’égard du conflit israélo-palestinien?

J.-M.-A. : D'une façon générale, le monde occidental soutien les Palestiniens sans faire la différence par exemple entre les terroristes du Hamas que d'aucun qualifie de résistants. C'est pourquoi par exemple, les médias et les politiques ne parlent pas de la même manière des attentats qui ont eu lieu en France et ailleurs et ceux qui ont lieu en Israël alors que tous ces terroristes répondent aux mêmes mots d'ordre de Daesh, pour ne citer que ce mouvement... Nous savons aussi combien est sensible la frontière qui sépare antisémitisme et antisionisme... Sans doute l'occident, veut-il se dédouaner aussi de son rôle pendant la Shoah en présentant les victimes d'hier comme les bourreaux d'aujourd'hui dans une relation d'équivalence ou de superposition. Ce serait tellement plus simple de refouler sa culpabilité en faisant porter le même crime sur le dos des Israéliens vis à vis des Palestiniens... Mais voilà, ceux qui ont été des victimes hier, pas tous, ont fait renaître un pays démocratique, le seul qui aujourd'hui assure la protection de ses habitants, le seul qui, dans ce monde arabe" en pleine tourmente donne au monde des prix Nobel et assure à son peuple une relative aisance de vie... Le seul qui est du côté de la vie et non qui glorifie la mort, le seul qui peut dire comme j'ai titré mon livre : " A la vie"... Alors oui de montrer que face aux événements, c'est toujours chez les juifs la pulsion de vie qui triomphe des forces destructrices, c'est peut-être gênant... c'est peut-être un peuple aussi encombrant qu'indispensable...

- Cette attitude ne risque-t-elle pas de retarder la paix?

J.-M.-A. : Pour que la paix puisse enfin advenir, peut-être que l'occident ne devrait pas penser qu'au pétrole que le monde arabe leur livre. Et si il est facile de rappeler aux Israéliens leurs devoirs et aux Palestiniens leurs droits, l'Occident devrait aussi rappeler aux Palestiniens leurs devoirs : de ne pas cautionner le terrorisme, de ne pas jouer un double jeu et d'avoir une réelle volonté de paix... alors peut-être...

Jean-Marc Alcalay – Lé-Haïm ! (A la vie !) Israël 1948 – Editions Ysec – Octobre 2014 – 152 pages – 18 euros. Site : www.ysec.fr

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Interview de Michel Goldberg

12 Février 2015

Interview de Michel Goldberg

Michel Goldberg: “Même sous l’Occupation, on n’avait pas vu ça!”

- Michel Goldberg vous êtes maître de conférences en biochimie à l’université de La Rochelle, habilité à diriger des recherches. Vous êtes l’auteur du livre “L’antisémitisme en toute liberté” (Le Bord de l’Eau). La préface est de Daniel Mesguich et la postface de Serge Klarsfeld. Que dénoncez-vous dans ce livre?

Michel Goldberg: Dans ce livre, je décris le contenu idéologique d’une pièce de théâtre antisémite montée à l’Université de La Rochelle en 2013. J’y montre aussi le soutien incroyable et incompréhensible des institutions éducatives, syndicales et associatives pour les auteurs de la pièce et les animateurs de la troupe de théâtre. Il s’agit sans doute d’une première en France. Fin 2012, vingt-cinq étudiants ont joué une pièce de théâtre (écrite par cinq d’entre eux) sous l’autorité d’une metteuse en scène et d’un auteur professionnel accueilli en résidence à La Rochelle. La comédie s’intitule « Une pièce sur le rôle de vos enfants dans la reprise économique mondiale ». Cette pièce nous présente les Juifs comme les responsables de l’horreur financière du monde : une banquière juive invente un système pour mettre en esclavage nos enfants avant même leur naissance. Elle fait assassiner son père par l’entremise de la mafia. Pendant ce temps, un nazi plutôt sympathique, qui exerçait le métier de cuisinier dans un camp de concentration, est pourchassé par des Juifs ultra-orthodoxes, vulgaires et vindicatifs. Puis, il y a une réconciliation avec ce nazi… en échange d’une liasse de billets. Aucune autre communauté humaine présente dans la pièce ne cumule tant de tares propres à susciter la haine. Et si d’autres personnages sont laids, c’est parce qu’ils exécutent les basses œuvres de la Goldberg & Co, ou parce qu’ils sont les victimes d’un monde dominé par elle. J’ai mis la pièce en ligne, qu’on m’accuse pourtant de vouloir censurer. Les étudiants sont très probablement, dans leur grande majorité, hostiles au nazisme et à l’antisémitisme. Lors des répétitions de la pièce, le discours des animateurs disait en substance : « au théâtre, il faut se lâcher ». Ce qui revient, pour l’essentiel de la pièce, à parler de cul, de fric et de Juifs ; tout cela accompagné d’un pseudo-argumentaire jargonnant et d’une totale vacuité. Aucune analyse, aucune réflexion, aucun retour des étudiants sur leurs propres préjugés. On se lâche, un point c’est tout. Et voilà le résultat. L’antisémitisme n’est donc jamais revendiqué par la troupe, mais les stéréotypes antisémites les plus dégradants sont présents dans de nombreux esprits. Si l’horreur du monde est attribuée au Juifs dans cette pièce, c’est parce que cette explication est aussi présente dans les esprits. Les Juifs ont l’argent, les médias, ils manipulent la mafia, ils prospèrent sur le malheur des autres, etc. Il n’est malheureusement pas surprenant que des jeunes adhèrent aujourd’hui à ce discours et tuent des Juifs en France, y compris des petits enfants. Et il n’est que plus désolant de voir des subventions publiques contribuer à propager ce message mortifère auprès de jeunes étudiants de mon université.

- Dans ce combat, comment avez-vous procédé pour vous faire entendre?

M.-G.: Dans un premier temps, j’ai cru que la présidence de mon université, le syndicat local et la Ligue des droits de l’homme, comprendraient qu’il fallait réagir à cette pièce de théâtre. Et, j’ai été stupéfait de trouver dans ces trois institutions, les plus fervents défenseurs de la troupe de théâtre ! Heureusement, à l’université de La Rochelle et dans toute la France, de très nombreuses personnalités ont réagi sérieusement : des syndicalistes, des hommes politiques, des maires et des députés (dont ceux de La Rochelle), une ministre, des associations telles que le MRAP, le CRIF, la LICRA, le SNESUP, l’UEJF et bien d’autres encore se sont mobilisées. Plus de mille personnes ont critiqué cette pièce de théâtre et elles restent vigilantes aujourd’hui. Nombre d’entre elles m’ont apporté leur soutien après avoir lu… les argumentaires indigents des défenseurs de la pièce.

- Me Serge Klarsfeld vous a-t-il beaucoup aidé pour obtenir gain de cause?

M.-G.: Serge Klarsfeld a m’immédiatement reçu lorsque je l’ai contacté. Il a lu la pièce et il a compris qu’un vent très mauvais soufflait sur certaines institutions culturelles rochelaises. Il a rédigé la préface de mon ouvrage dans les délais très brefs qu’imposait l’éditeur.

- Une pièce de théâtre antisémite en France en ce début de XXIe siècle, est-ce inquiétant ?

M.-G.:L’antisémitisme devient à La Rochelle, et sans doute dans bien d’autres villes, une pensée comme les autres, surtout lorsqu’elle s’exprime sur la scène d’un théâtre. Et les discours nazis qui parsèment la pièce de théâtre ont tout simplement été défendus au nom d’une liberté d’expression qui est l’objet d’une profonde incompréhension. Elle est revendiquée par des gens qui, très souvent, ont une pensée paresseuse, et qui de plus, ne disposent pas des outils élémentaires de la pensée. Même lorsqu’ils entreprennent cet effort de pensée, ils éprouvent de grandes difficultés à construire une argumentation solide, à articuler les arguments, à construire des contre-arguments, et à comparer les différentes thèses. C’est ainsi que vous ne trouverez aucune argument solide dans les sites internet qui ont été montés pour défendre la pièce de théâtre antisémite de La Rochelle, ni dans les multiples courriels qui ont été envoyés par la présidence de l’université et les syndicalistes qui se sont mis à la remorque de l’institution. Vous ne trouverez là que des attaques d’une grande violence verbale, souvent insultantes et diffamantes, m’accusant d’avoir trafiqué le livret de la pièce, d’avoir des ambitions politiques ou d’avoir porté atteinte à de grands principes tels que la liberté d’expression ou la laïcité. J’ai répondu à ces attaques et à bien d’autres dans mon livre. La Rochelle, comme bien d’autres villes, est petite, et préfigure assez bien la France du 21è siècle. Son milieu culturel subventionné est très étroit ; ceux qui attribuent les subventions et ceux qui les reçoivent se soutiennent, par atavisme autant que par intérêt. Cependant, la superficialité de leur culture et la bêtise de certains d’entre eux n’expliquent pas tout. Dans cette affaire, il fallait serrer les coudes pour défendre la première pièce de théâtre antisémite subventionnée par une université. Même sous l’Occupation, on n’avait pas vu ça. Il fallait préserver l’image de marque d’une culture d’avant-garde, sans doute quelque peu factice, mais qui convient au plus grand nombre. C’est pourquoi, un an après avoir créé cette pièce, il fallait inviter une nouvelle fois à La Rochelle l’auteur canadien qui avait animé l’atelier d’écriture pour bien montrer que l’on était fier de son travail. Le maire s’y est heureusement opposé in extremis. Il fallait encore, dans le plus beau centre culturel de La Rochelle, défendre publiquement la liberté d’expression de l’antisémite Dieudonné et de sa quenelle, et du négationniste Robert Faurisson. Il fallait aussi que l’université poursuive des partenariats avec la troupe de théâtre qui avait créé la pièce dieudonniste et une autre troupe qui avait adoré la pièce, comme si le théâtre antisémite était une péripétie dans l’histoire d’une université. Puis, à la suite des assassinats de janvier 2015, il fallait que des responsables de l’université communiquent abondamment pour la défense de la liberté d’expression, mais toujours et exclusivement pour cette cause-là, ignorant que l’on avait aussi assassiné des gens parce qu’ils étaient policiers ou parce qu’ils étaient juifs. Un détail sans doute. Inutile de se bouger lorsqu’on assassine des Juifs en France. Par contre, à l’université de La Rochelle, on se bouge pour la liberté de subventionner du théâtre antisémite avec des fonds publics.

Michel Goldberg - “L'antisémitisme en toute liberté” - Le bord de l'eau – 2014 - 192 pages – 18 euros.

Site: www.editionsbdl.com

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Interview d'Alain Vincenot

2 Février 2015

Interview d'Alain Vincenot

Alain Vincenot: "L’antisémitisme mène à Auschwitz"

- Alain Vincenot, vous êtes journaliste et écrivain. A l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la libération des camps, vous publiez « Rescapés d’Auschwitz » (éditions de l’Archipel). Ce livre est constitué de témoignages de rescapés des camps de la mort. Soixante-dix ans, après quel est l’état d’esprit de ces survivants ?

Alain Vincenot: Dans « Persécutés-persécuteurs », Albert Camus écrivait : « Qui répondrait en ce monde à la terrible obstination du crime, si ce n’est l’obstination du témoignage. » A la Libération, ce qu’avaient subi les rescapés des camps de la mort ne semblait intéresser personne. Les déportés juifs passaient au second plan derrière les déportés politiques, les résistants, héros de la lutte contre l’occupant nazi, qui rentraient des camps de déportation. La distinction entre les conditions de vie, certes terribles, des camps de déportation et la politique de mise à mort des Juifs, hommes, femmes, enfants, appliquée dans les camps d’extermination n’était pas perçue. D’autant que ce qu’avaient à dire les rescapés de l’enfer dépassait l’entendement. C’était tellement abominable, les mots paraissaient tellement impuissants à décrire cet antre de l’inhumanité où ils avaient été jetés qu’en France, on ne les entendait pas. L’un d’eux m’a confié : « Nous ne parlions plus la même langue. » Un autre : « Les gens ne nous écoutaient pas. On les dérangeait. Ils nous prenaient pour des fous. Un ami, qui n’avait plus que sa tante, a été interné dans un hôpital psychiatrique. Les médecins ont traité ses divagations par des électrochocs. » Depuis, des livres, des films ont expliqué ce qu’étaient les camps d’extermination, instruments de « la solution finale de la question juive ». Les rescapés ont multiplié les témoignages. Ils sont désormais écoutés. Toutefois, devant l’actuelle montée de l’antisémitisme, en Europe et en France, ils ont, aujourd’hui, le sentiment de ne pas avoir été entendus. En effet, on tue, à nouveau, des Juifs parce qu’ils sont Juifs. Ils ont peur pour leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs arrière-petits-enfants.

- Pensez-vous que tout a été dit sur la Shoah ou reste-t-il des zones d’ombres à explorer ?

A.-V.: L’essentiel a, effectivement, été dit. Quant aux éventuelles zones d’ombre à explorer, le travail appartient aux historiens. Cependant, si l’essentiel a été dit, on s’aperçoit que cela n’a pas été compris par tout le monde. Pour beaucoup, la Shoah, « la plus grande catastrophe jamais perpétrée par l’homme contre l’homme », disait Samuel Pisar, n’est pas considérée comme une tache sur l’humanité. La multiplication des paroles, actes, et agressions antisémites le prouvent. Quelques dates : Janvier 2006, en région parisienne. Youssouf Fofana et son « gang des barbares » torturent à mort un jeune homme, Ilan Halimi, parce qu’il est Juif. Mars 2012, à Toulouse. Mohammed Merah abat trois enfants de trois, six et huit ans, parce qu’ils sont Juifs. Décembre 2014, sept mois après l’attentat contre le musée juif de Bruxelles, à Créteil, dans le Val-de-Marne, un homme est tabassé chez lui, sa femme violée, parce qu’ils sont Juifs. Le mois précédent, dans la même ville, un septuagénaire a été roué de coups, parce qu’il était Juif. Et en ce mois de janvier 2015, alors que mon livre Rescapés d’Auschwitz vient juste de paraître, à Paris, Porte de Vincennes, deux jours après la tuerie de Charlie Hebdo, Amedy Coulibaly prend en otage les clients juifs d’un « Hyper Casher » et en assassine quatre. Ce sont là les faits les plus tragiques. Au quotidien, l’insécurité grandit. Tags sur des magasins juifs, coups de feu contre des synagogues, tombes juives profanées… Dans certains quartiers, un homme ne peut plus porter une kippa. Dans certains établissements scolaires, un professeur d’histoire ne peut plus aborder la Shoah. Et ces gosses insultés, molestés dans les cours de récréation ou leurs quartiers, parce qu’ils sont Juifs. Il est temps de ne pas oublier que l’antisémitisme mène à Auschwitz.

- Toute la politique d’Hitler était-elle guidée par son obsession d’exterminer le peuple juif?

A.-V.: C’était un obsédé de l’antisémitisme. Souvenez-vous de la lettre qu’il écrit, en 1919, à un de ses amis, Adolf Gemlich. Il y juge inefficace l’antisémitisme « fondé sur une base purement émotionnelle ». Ponctuelle, la fièvre des pogroms, déplore-t-il, retombe inévitablement. Il préconise de traiter la « question juive » de manière « rationnelle » et « scientifique ». Selon lui, l’objectif doit être le retrait irrévocable des Juifs en général. Le 3 juillet 1920, il confie au major Konstantin Hierl, un des cadres de son parti, le NSDAP : « Depuis des milliers d’années, le Juif est devenu une tuberculose raciale qui affecte de nombreux peuples. Le combattre signifie l’éliminer. » Et ces lignes de Mein Kampf, publié en 1920 : « Si l’on avait, au début de la guerre, tenu une seule fois douze ou quinze mille de ces Hébreux corrupteurs du peuple sous les gaz empoisonnés que des centaines de milliers de nos meilleurs travailleurs allemands de toute origine et de toutes professions ont dû endurer sur le front, le sacrifice de millions d’hommes n’eût été vain. Au contraire, si l’on s’était débarrassé à temps de ces quelques douze mille coquins, on aurait peut-être sauvé l’existence d’un million de bons et braves Allemands pleins d’avenir. » Treize ans plus tard, à peine au pouvoir, il accable les Juifs d’une multitude d’interdits… Et bientôt, viendrait le temps des assassinats de masse avec les Einstzgruppen, à l’arrière des troupes allemandes sur le front est, puis du crime à échelle industrielle avec les camps d’extermination : Auschwitz-Birkenau-Monowitz, devenu, par son gigantisme, le symbole de la Shoah, Belzec, Chelmno, Maïdanek, Sobibor, Treblinka…

- Pouvons-nous conclure qu’Hitler a provoqué la Seconde guerre mondiale afin de mener à bien son programme d’extermination (Juifs, Tziganes, homosexuels, communistes) ?

A.-V.: Un constat : cette guerre lui a permis d’appliquer son programme d’extermination des Juifs. En ce qui concerne les Tziganes, les homosexuels et les communistes, il est bon de rappeler que les camps d’extermination ne leur étaient, à priori, pas destinés. Le but des nazis était de les « rééduquer », dans des conditions, certes, épouvantables, pas de les assassiner systématiquement. Quand un convoi de Juifs se garait le long de la Judenrampe de Bikenau, 80% de ses déportés étaient d’emblée conduits à la chambre à gaz. Les autres étaient condamnés à mourir au travail. Quand un convoi de Juifs arrivait dans les autres camps d’extermination, c’était 100% de déportés qui étaient immédiatement mis à mort.

Alain Vincenot - "Rescapés d'Auschwitz" - éditions l'Archipel - 2015 - 264 pages - 19,95 euros.

Site: www.editionsarchipel.com

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Interview Ariel Danan

1 Février 2015

Interview Ariel Danan

Ariel Danan: « Les relations entre la France et Israël se durcissent à partir du milieu des années 1960 »

- Ariel Danan, vous êtes directeur-adjoint de la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle et responsable de la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild, secrétaire général de la Commission française des Archives juives. Votre dernier livre “Les juifs de France et l’Etat d’Israël (1948-1982)” est paru chez Honoré Champion. Pourquoi avoir arrêté votre analyse en 1982?

Ariel Danan: Mon travail débute en 1948, à l’annonce de l’indépendance de l’Etat d’Israël et même avant puisque j’étudie également les réactions des Juifs de France dès 1945 lors de l’affaire de l’Exodus ou du vote par l’ONU du partage de la Palestine en deux Etats, l’un juif, l’autre arabe. Il fallait donc trouver une date de fin qui aurait pu être 1973 et la guerre de Kippour mais j’ai souhaité poursuivre un peu plus loin pour mieux analyser l’impact de l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord au cours des années 1950 et 1960 au sein des institutions communautaires et donc dans le lien à Israël. J’ai donc choisi de m’arrêter à la veille de la guerre du Liban à l’occasion du voyage en Israël du président de la République François Mitterrand en mars 1982.

- A partir de quel moment les relations franco-israéliennes se dégradent-elles?

A.-D.: Alors qu’il existait des liens de grande proximité entre la France et Israël à la fin des années 1940 et dans les années 1950, les relations entre les deux pays se durcissent à partir du milieu des années 1960, c’est-à-dire après la fin de la guerre d’Algérie, alors que la France change de politique internationale et se tourne vers ce qu’on appelait alors les pays « non-alignés », du Tiers Monde et qui voulaient résister à l’influence à la fois des Etats-Unis et de l’URSS, en cette période de guerre froide. Le moment de rupture est évidemment la guerre des Six Jours en 1967 durant laquelle le président de la République, le général De Gaulle condamne avec violence l’action militaire de l’Etat d’Israël.

- Le voyage du président François Mitterrand en Israël est-il tout de même à l’origine d’un dégel dans les relations entre la France et Israël?

A.-D.: Ce voyage provoque un court dégel en effet. D’abord, les Israéliens et beaucoup de Juifs de France sont très satisfaits de l’élection de François Mitterrand contre Valéry Giscard d’Estaing dont la politique étrangère était très anti-israélienne. François Mitterrand effectue beaucoup de gestes symboliques au cours de ce voyage en se rendant à la Knesset et à Yad Vashem notamment. C’est un voyage très apprécié tel que l’analysait à l’époque par exemple Annie Kriegel. Mais ce dégel va rapidement prendre fin, la présidence de François Mitterrand étant également marquée par le premier voyage officiel en France du leader de l’OLP Yasser Arafat.

- Une suite à ce livre est-elle en préparation?

A.D.: D’autres que moi étudient effectivement les années plus récentes mais, si je continue à m’intéresser à l’histoire des Juifs de France, je travaille désormais aussi sur l’histoire des Juifs d’Afrique du Nord, et plus particulièrement du Maroc.

Ariel Danan "Les juifs de France et l'Etat d'Israël (1948-1982)" - Honoré Champion Paris - 2014 - 512 pages - www.honorechampion.com

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