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Interview de Martine Gozlan

1 Décembre 2014

Interview de Martine Gozlan

Martine Gozlan: Hannah représente l'espérance sioniste au coeur de la nuit

- Martine Gozlan, vous êtes grand reporter et rédactrice en chef à l’hebdomadaire Marianne. Vous avez écrit de nombreux essais et vous publiez aujourd'hui “Hannah Szenes, L’étoile foudroyée” (Editions de l'Archipel), la première biographie en français sur cette héroïne d'Israël. Qui était cette grande résistante juive assassinée par les nazis il y a 70 ans?

Martine Gozlan : Hannah Szenes est une jeune poétesse née à Budapest dans un milieu juif d'artistes et d'intellectuels. Elle choisit le sionisme en 1939, au moment où sont édictées de nouvelles lois antisémites et arrive en Palestine, alors sous le mandat britannique, pour étudier l'agriculture à l'école de Nahalal puis rejoindre les pionniers qui fondent le kibboutz de Sdot Yam, près de Césarée. Elle y mène une vie très dure. Hannah est hantée, comme les cinq cent mille habitants du Yishouv, la communauté juive sioniste en Eretz Israël, par les nouvelles de l'extermination des juifs européens. Elle écrit et tient son journal. En 1943, un accord secret est conclu entre David Ben Gourion, le chef de l'Agence juive, et les services de renseignements britanniques pour envoyer un commando de parachutistes juifs derrière les lignes nazies. L'objectif des Anglais est de disposer d'émissaires qui connaissent parfaitement les pays occupés et en parlent la langue pour envoyer des informations sur les zones stratégiques et les mouvements de troupes nazies. L'objectif des sionistes est de porter secours aux juifs pris dans l'horreur de la Shoah. Hannah Szenes, qui a laissé sa mère à Budapest, est candidate à ce que certains considèrent déjà comme une mission sans retour. Son objectif est de rejoindre la capitale hongroise pour organiser une résistance juive. C'est un projet fou, admirable où elle va révéler toute sa dimension dans des circonstances terribles...

- Quelle place occupe Hannah Szenes dans l’histoire du sionisme?

M.-G.: J'ai choisi de lui consacrer ce livre, qui est une grande enquête sur ses traces, de son kibboutz à Budapest, en passant par les archives du Palmach à Tel-Aviv, parce qu'Hannah représente l'espérance sioniste au coeur de la nuit. Elle avait pu rejoindre la terre d'Israël et, pourtant, elle a choisi de la quitter, cinq ans après son arrivée, en février 1944, pour s'enrôler dans un commando où tous risquaient leur vie par solidarité avec les juifs européens. Et c'est cela précisément, le sionisme: un destin partagé. La solidarité des uns, momentanément à l'abri, avec les autres qui sont dans l'obscurité et le danger. Evidemment, le commando échouera mais Hannah brandira les 22 lettres de l'alphabet hébraïque de la fenêtre de sa cellule, dans la prison de la Gestapo à Budapest, parce qu'elle voulait apprendre l'hébreu aux autres détenus. Elle leur apprendra à chanter la Hatikva, l'Espoir, qui deviendra l'hymne national israélien! Son courage, son silence sous la torture, ses derniers poèmes, son attitude face à la mort vont faire d'elle, dès 1945, avant la création de l'Etat, une grande figure de la jeune histoire sioniste. Sa dépouille sera rapatriée en Israël en 1950 lors de cérémonies impressionnantes. Mais Hannah n'est pas seulement un personnage désincarné. C'est une artiste, une jeune femme, assassinée à 23 ans, et je suis allée à sa rencontre comme si elle nous parlait aujourd'hui. Sa famille- ses neveux, fils de son frère Gyuri- m'a beaucoup aidée dans cette bouleversante aventure. Les photos qu'ils m'ont autorisée à reproduire nous livrent les différents visages d'Hannah Szenes, de la débutante en robe de bal à Budapest à la pionnière du kibboutz et à la maquisarde sur la route de la frontière hongroise. Je remercie également le directeur des archives du Palmach et les responsables de l'actuelle communauté juive de Budapest. J'ai décrit le passé avec rigueur, sans éluder la tendresse et l'empathie, mais j'ai voulu connaitre son prolongement dans le présent.

- Votre livre aide-t-il à mieux comprendre le sionisme?

M.-G. : Je l'ai écrit, poussée par la tristesse et la colère de voir le mot sionisme constamment diabolisé. Ce mot semble devenu une insulte dans la bouche d'innombrables détracteurs qui se révèlent de bien médiocres avocats de la cause palestinienne qu'ils prétendent défendre. Autant mon coeur bat dans l'espoir de la paix, autant je refuse de voir un Etat démonisé , quelle que soit sa politique, car on a oublié que les gouvernements israéliens de gauche, naguère, étaient également ostracisés. Mon voeu est qu'on regarde Israël, son histoire et ses figures nationales comme on regarde ceux des autres peuples. Hannah Szenes- j'ai retenu l'orthographe hongroise de son nom qu'elle a ensuite hébraïsé en Senesh- est une magnifique figure féminine , romantique, littéraire et résistante. Pour elle, le sionisme représentait un idéal exigeant. C'est toujours un idéal aujourd'hui, quelle que soit la violence de la réalité qu'il doit affronter. Je sais qu'à l'heure actuelle, les mots que j'utilise sont tabous. On les renverra aux choix politiques des uns ou des autres. Or Hannah n'était pas une politique mais une idéaliste. C'est l'idéal qui a créé le sionisme et qui assurera sa continuité.

Hannah Szenes, l'Etoile foudroyée - Editions de l'Archipel, 223 pages, cahier-photo inclus, 18,95 euros.

Internet: www.editionsarchipel.com

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