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Interview de Dominique Frisher

10 Septembre 2015

Interview  de  Dominique  Frisher

Dominique Frisher: « Pour sa famille Golda Meir est vécue comme l'enfant du miracle »

- Dominique Frisher, votre livre: “Golda Meir La femme derrière la légende” est paru aux éditions L’Archipel. L’enfance de Golda Meir a-t-elle joué un rôle déterminant dans son engagement sioniste?
Dominique Frisher: Elle a joué un rôle déterminant pour diverses raisons. Tout d'abord l'accroissement de l'antisémitisme dans la Russie tsariste, Golda naît en 1898 à Kiev dans une famille très pauvre. C'est donc à la fois la proclamation de lois antijuives et de mesures discriminatoires qui condamnent la population juive à une misère noire et c'est aussi une période où les pogroms prennent une ampleur terrifiante jamais égalée jusque là. Ce n'est pas un hasard si les idées de Herzl se propagent en Russie plus que partout ailleurs. Et Golda a été précocement sensibilisée à la fois au sionisme et aux idées socialistes par sa sœur aînée qui, a 14 ans, était déjà une militante du Poalei Sion, la tendance socialiste du sionisme. Pour des raisons familiales également, car Golda vient au monde après cinq garçons morts-nés. Pour sa famille elle est vécue comme l'enfant du miracle promue à un destin exceptionnel d'autant qu'elle était ravissante, très intelligente et, très tôt, a manifesté une personnalité très affirmée.
- Comment Golda Meir a-telle participé à la création de l’Etat d’Israël?
D.-F.: Comme elle a émigré aux Etats-Unis avec sa famille à l'âge de 8 ans, et que lorsqu'elle arrive en Palestine à 21 ans, elle est l'une des rares à parler l'anglais couramment et sans accent. Cet atout ainsi que son talent oratoire lui permettront d'être envoyée aux Etats-Unis pour récolter, auprès de la communauté juive, l'argent nécessaire à Israël d'abord pour acheter des armes pour se défendre lors de la guerre d'indépendance, et ensuite toutes les sommes nécessaires à l'accueil des immigrants et au développement du pays. Et, à chaque fois, elle dépassera de loin les objectifs qu'on lui avait fixés. Mais elle a aussi participé à tous les combats pour l'indépendance avec un dévouement extraordinaire.
- Comment a-t-elle pu devenir premier ministre (1969-1974) dans une société plutôt “masculine”?
D.-F.: C'est une histoire politicienne et un compromis à l'intérieur du parti travailliste. Les deux candidats pressentis pour leurs qualités et pour leur jeunesse ont été récusés par la vielle garde. Moshe Dayan leur paraissait trop impulsif et on ne lui pardonnait pas d'avoir suivi Ben Gourion qui avait quitté le Mapaï pour créer un parti à sa botte. A Ygal Allon, on reprochait d'être trop à gauche. Le consensus s'est donc fait sur la vieille Golda (70 ans) qui avait été deux fois ministre et appartenait à la vieille garde qui tenait les rênes du parti. Sans oublier qu'elle était extrêmement populaire!
- De quelle façon se terminent la carrière politique et la vie de “la dame de fer israélienne”?
D.-F.: Elle se termine sur la guerre du Kippour dont elle porte en grande partie la responsabilité à cause de son intransigeance à négocier et à envisager la restitution des territoires conquis par Israël après la Guerre des Six-jours. La guerre de Kippour a été une tragédie pour Israël qui a failli perdre la guerre, ce qui selon les dires de Ben Gourion,aurait signifié non seulement une défaite mais encore son anéantissement en tant que nation. En outre, le nombre de morts fut considérable.L'aura de Golda, en Israël, en a terriblement pâti surtout lorsqu'on a appris qu'elle avait laissé sans réponse toutes les offres de Sadate pour la rencontrer afin de signer un traité de paix entre Israël et l'Egypte. En effet la guerre des Six-jours s'est terminée sur un arrêt des combats non suivi de la signature d'accord de paix. Ainsi, le jour des obsèques nationales de Golda Meir, qui avait démissionné quelques mois après la guerre de Kippour, pour se soigner et enfin se reposer, des mères de soldats morts sont venues injurier sa dépouille exposée à la Knesset.

Dominique Frisher - "Golda Meir La femme derrière la légende » - L'Archipel - Avril 2015 - 544 pages - 24,95 euros -

internet: www.editionsarchipel.com

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Interview de Raphaël Delpard

10 Septembre 2015

Interview de Raphaël Delpard

Raphaël Delpard: « Le crime nazi a été rendu possible par le silence des nations »

- Raphaël Delpard, vous êtes l’auteur du livre “La conférence de la honte Evian, juillet 1938” paru aux éditions Michalon. Pourquoi le président américain Franklin Roosevelt a-t-il proposé de tenir cette conférence à Evian du 6 au 15 juillet 1938?
Raphaël Delpard: Il faut savoir que le président américain a longtemps traîné les pieds avant d'envisager la conférence. Il y avait en Amérique beaucoup de réticences; envers les juifs en premier en dépit de la communauté juive laquelle ne s'est véritablement mobilisée qu'après la conférence, elle a senti le danger sans pouvoir bien entendu le mesurer dans l'ampleur à venir. N'oublions pas non plus la crise économique de 1929 qui se faisait encore ressentir. Enfin, une opposition très forte pesait sur la politique américaine. Roosevelt était coincé entre les différentes positions, et ses propres valeurs. Quoi qu'on dise aujourd'hui et sans pour autant le qualifier d'antisémite, il n'était guère favorable aux Juifs en général à cause en particulier de son éducation religieuse.
- Quel était l’enjeu de cette conférence?
R.-D.: L'enjeu était simple: que chaque délégué présent - ils étaient 29- prendrait chez lui, un nombre de réfugiés - on ne disait pas juifs- Il n'y avait pas de quotas imposés.
- Cette “Conférence de la honte” a-t-elle été l’un des principaux facteurs qui a permis la déportation des juifs d’Europe par l’Allemagne nazie?
R.-D.: Parce que les 29 délégués n'ont pas eu le courage d'affronter Hitler, ce dernier savait qu'il pouvait mettre en place sa politique d'épuration même si, en 1938, il n'avait aucune idée de ce qu'elle serait sur le plan technique, et que le monde ne l'empêcherait pas. Il le dit dans un discours au Parlement. Il invective les puissances étrangères et se moque en leur disant : "Vous m'accablez en permanence parce que je suis méchant soi-disant avec ces voleurs de juifs, mais dès qu'il s'agit de les aider, il n'y a plus personne : des paroles, oui, des actes non!
- Comment expliquer que cette page d’histoire soit aussi peu connue du grand public?
R.-D.: Je n'ai pas une explication claire. Je suppose que les dirigeants, compte tenu de la découverte qu'ils feront en 1945 de l'ampleur du drame, préféreront taire ce triste et monstrueux épisode. Ceci me fait dire "Si le crime nazi envers les Juifs et les Tziganes est imprescriptible, il a été rendu possible par le silence des nations". A méditer en permanence.

Raphaël Delpard - La conférence de la honte Evian, juillet 1938 - Mai 2015 - 256 pages - 19 euros internet: www.michalon.fr

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