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Interview de Christian-Georges Schwentzel

29 Juillet 2013

Interview de Christian-Georges Schwentzel

Christian-Georges Schwentzel: Après la destruction de Jérusalem, le judaïsme se méfie plus que jamais des dirigeants politiques, fussent-ils juifs.

Christian-Georges Schwentzel, vous êtes professeur d’histoire ancienne à l’Université de Lorraine (Metz). Votre livre s’intitule « Rois et reines de Judée IIè s. av. – Ier s. apr. J.-C. » Qu’est-ce qui différencie les souverains hasmonéens des Hérodiens ?

Christian-Georges Schwentzel: Les Hasmonéens, c'est-à-dire les souverains de la famille du héros libérateur Judas Maccabée, fondent un nouvel Etat juif indépendant, après des siècles de domination étrangère (d'abord babylonienne, puis perse et gréco-macédonienne). Ils remportent d'éclatantes victoires militaires sur leurs voisins et paraissent reconstituer le royaume de David. Les Hérodiens, par contre, sont des souverains "clients" des Romains, des "vassaux" comme on aurait dit au Moyen Age. Hérode n'est pas un roi indépendant : il doit rendre des comptes à l'empereur Auguste, son maître, qui règne sur l'Empire romain. Cela dit, on note aussi des points communs entre les deux dynasties : un autoritarisme sans scrupules, la répression des opposants, un usage habile et calculé de la propagande... Le roi hasmonéen Alexandre Jannée et Hérode le Grand sont vus comme des tyrans sanguinaires par un grand nombre de leurs sujets. La vision globale des Hasmonéens et des Hérodiens dans l'historiographie est également négative.

Est-il facile pour l’historien de faire la part entre la légende et la réalité historique ?

C-G S: Non, car l'historien manque de sources et celles qu'il possède sont toujours plus ou moins biaisées. Faire la part entre la légende et la réalité constitue une part essentielle du travail historique. L'historien est parfois un casseur de mythes. En fait, le problème consiste à trouver une voie médiane entre le scepticisme généralisé et la complaisance naïve. Mais le chercheur dispose d'une méthode consistant notamment, comme préalable, à critiquer les sources : d'où viennent-elles ? Qui parle ? Pourquoi l'auteur dit-il ce qu'il dit ? A-t-il un intérêt particulier à le faire ? Toute enquête historique commence par un questionnement sur les sources, en l'occurrence les deux premiers livres des Maccabées et les écrits de Flavius Josèphe.

Quelles sont les principales caractéristiques de l’idéologie des souverains évoqués dans votre livre ?

Tous se définissent comme juifs. Ils appartiennent au peuple juif, à l'ethnos, comme on disait alors dans les sources grecques (les livres des Maccabées et les ouvrages de Flavius Josèphe sont écrits en grec). Le terme ethnos désigne un peuple avec ses coutumes ancestrales, ses traditions propres, ses mythes, son culte, son territoire, éventuellement sa langue... Les Hasmonéens puis Hérode le Grand se posent en protecteurs et bienfaiteurs des Juifs. Judas Maccabée rétablit le culte traditionnel dans le Temple ; Hérode fait magnifiquement rebâtir le sanctuaire (l'actuel Mur des Lamentations remonte au règne d'Hérode). Ils prétendent aussi entretenir un lien privilégié avec Dieu, afin de légitimer leur pouvoir ; c'est ce que Flavius Josèphe appelle la théocratie (Contre Apion II, 165). L'Hasmonéen Jean Hyrcan laisse entendre qu'il possède des dons prophétiques ; Hérode affirme que Dieu lui a sauvé la vie à plusieurs reprises et l'a fait roi afin d'assurer le bonheur de l'ethnos juif. Il y a aussi une dimension messianique dans l'idéologie des Hasmonéens et d'Hérode.

Comment expliquer que ces deux dynasties aient conduit à la chute de Jérusalem en l'an 70 ?

C-G. S: C'est là une question centrale dans toute l'historiographie de la Judée depuis Flavius Josèphe. L'histoire des Hasmonéens et, à plus forte raison, des Hérodiens est déterminée par la destruction du Temple et de Jérusalem. Elle est rétrospectivement perçue comme le prélude à cette catastrophe qu'ils n'ont pas réussi à empêcher. C'est Flavius Josèphe qui, témoin des faits, a imposé cette vision "dramatique", il y a presque deux mille ans. Bien sûr, cette représentation ne manque pas de pertinence. Mais l'historien doit aussi réussir à la mettre parfois de côté, afin de se replonger dans le contexte particulier de chaque règne. On peut alors mieux percevoir l'originalité politique, voire les efforts de certains souverains pour apaiser les conflits du moment. En fait, les rois et reines de Judée ne peuvent être tenus pour les seuls responsables. Hérode n'est pas qu'un tyran ni un monstre, contrairement à la légende noire qui colle au personnage (même s'il ne s'agit nullement de nier ses crimes) ; il a aussi remporté d'indéniables succès : reconstruction du Temple, embellissement de Jérusalem, bonne gestion du royaume, fiscalité relativement modérée, lutte efficace contre la famine... Les maladresses à répétition du pouvoir romain, ainsi que les rivalités entre les divers courants juifs de l'époque (le judaïsme est alors divisé en véritables partis politico-religieux qui s'opposent) alimentent aussi ce qu'on a pu se représenter, depuis Flavius Josèphe, comme un engrenage inéluctable. De manière générale, les rois et reines de Judée incarnent, malgré eux, l'échec du judaïsme politique de l'Antiquité. Après la destruction du Temple, le judaïsme se reconstruit dans une dimension essentiellement religieuse et spirituelle, qui n'est d'ailleurs pas absente non plus du christianisme naissant. Bien que traité de "roi des Juifs" par les Romains, Jésus avait rejeté toute dimension politique de son "règne". De même, comme l'a montré le chercheur Dan Jaffé (Revue biblique 115, 2008, p. 105-126), les rabbins ont diffusé une image négative des souverains de Judée ; ils ont même censuré les livres des Maccabées. Après la destruction de Jérusalem, le judaïsme se méfie plus que jamais des dirigeants politiques, fussent-ils juifs.

Christian-Georges Schwentzel « Rois et reines de Judée IIè s. av. – Ier s. apr. J.-C. » Lemme edit illustoria 106 pages 17,90 euros www.lemmeedit.com

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interview de Coralie Camilli

17 Juillet 2013

interview de Coralie Camilli

Coralie Camilli: “Le traité Sanhedrin affirme que le temps messianique sera la fin de l'oppression politique”

- Coralie Camilli, vous êtes doctorante, en deuxième année de philosophie à l’université Paris 12. Vous avez étudié la philosophie et l’hébreu. Votre premier livre s’intitule « Le temps et la loi » (Editions PUF). Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Corali Camilli: Je dois avouer que ma première idée de titre était ''L'éphémère messianique'', car je trouvais qu'il rendait plutôt bien compte de l'idée que je voulais défendre dans cet essai : un messianisme événementiel, soudain, souverain, mais éphémère. Un événement messianique qui peut arriver n'importe quand, déchirant la toile historique, mais ne pouvant pas s'inscrire dans une quelconque durabilité temporelle. Pour le dire sans doute de manière plus simple : il ne s'agissait pas de penser uniquement les modalités de l'attente et de la venue messianique, mais aussi son départ, son retrait, sa mise en suspens.

Cette pensée d'un éphémère messianique était, à mon sens, pensable à partir du rapport entre deux notions, à partir de la relation qu'entretient la temporalité avec la loi dans la tradition juive. D'où le titre de mon livre, qui reprend les deux bouts conceptuels servant à déterminer une nouvelle forme messianique.

- Vous préparez une thèse sur le renouveau du messianisme. Pourquoi un tel intérêt pour ce sujet ?

C-C: Plusieurs points à ce sujet, si vous le permettez : d'abord, travailler en philosophie sur un sujet qui, a priori, ne semble relever que du domaine ''religieux'', la question du messie, me semblait important. J'utilise les guillemets pour le terme de religieux car la tentative consiste justement en ceci : ne pas cloisonner les savoirs, ne pas enfermer des notions dans des domaines distincts, ne pas catégoriser à tout prix les problématiques. Traiter d'un thème traditionnel juif dans le langage philosophique permet également de tenter d'opérer le mouvement inverse : prendre un problème philosophique et le traiter dans les termes d'un raisonnement talmudique. Et là, créer des ponts, ou même seulement des passerelles fragiles, devient très enrichissant, et permet de considérer des thématiques avec une perspective nouvelle.

Ensuite, pourquoi spécifiquement le messianisme ? C'est une grande idée juive, que l'on ne retrouve pas au même titre dans d'autres monothéismes. Ensuite, elle est développée dans le Talmud, et moi qui ai toujours voulu l'étudier, cela me donnait une occasion de me pencher sur les textes ! Enfin, je pense qu'elle a une actualité réelle, et qu'elle peut constituer un véritable outil philosophique pour penser -ou repenser- le rapport entre temps et loi, qui n'est finalement rien d'autre que le rapport entre le politique et le théologique.

- Que représente le messianisme dans la tradition juive ?

C-C: Le terme de ''messie'' (mashiah) désigne bien sûr, à l'origine, les rois, les prêtres et les hommes importants qui étaient oints, qui subissaient une onction. Le terme en est progressivement venu à désigner un libérateur, par qui la rédemption pouvait arriver. Rédemption spirituelle à-venir pour certains interprètes du Talmud, rédemption d'ordre purement politico-social pour d'autres. Ainsi, de Chémou'el, qui au traité Sanhédrin, affirme que la seule caractéristique du temps messianique sera la fin de l'oppression politique, réservant le seul changement messianique à la fin du joug des nations sur le peuple d'Israël. Cette conception m'intéresse beaucoup, car elle écarte la tendance eschatologique qui colle à la peau du messianisme, si l'on peut dire. Maïmonide, plus tard, ira dans ce sens, écrivant dans son Michné Tora que ''Le Roi oint (Melekh ha mashiah) est destiné à se lever et à restaurer le royaume de David dans son antique et première souveraineté. Il reconstruira le Temple de Jérusalem et rassemblera les égarés, toutes les lois seront alors remises en vigueur comme avant''. Bien sûr, il y a encore d'autres pensées du messianisme, dans le Talmud et aussi dans le textes ultérieurs, et il serait trop long ici de les résumer. Mais c'est aussi ce qui fait la profondeur du messianisme : c'est une notion assez souple pour accepter plusieurs tendances en son sein. Un matériau solide et élastique, en quelque sorte.

- Beaucoup de philosophes se sont-ils intéressés avant vous à ce sujet ?

C-C: On peut citer Maïmonide, Strauss, Levinas, Derrida, Mosès, Bensussan... Levinas et Derrida ont essayé d'habituer le public philosophique français à entendre parler de messianisme, ce qui était difficile avant, justement étant donné le rejet des philosophes pour les notions religieuses, -et juives-, qui plus est ! Mais les philosophes ayant traité de la question messianique restent malgré tout en minorité dans le paysage philosophique.

Coralie Camilli “Le temps et la loi” Editions PUF Philosophies, 150 pages, 14 euros.

Site: www.puf.com

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Un regard contemporain sur la Torah

15 Juillet 2013

Un regard contemporain sur la Torah

Un regard contemporain sur la Torah

Harvey J. Fields est professeur d’université, historien et écrivain. Diplômé de l’Université de Californie et docteur en histoire de la diplomatie de l’Université Rutgers, il est aussi rabbin émérite de la synagogue de Wilshire Boulevard à Los Angeles en Californie.

Dans son livre « La Torah commentée pour notre temps » préfacé par les rabbins Pauline Bebe et François Garaï et publié avec le concours de la Fondation Alain de Rothschild et le soutien de la Fédération du judaïsme libéral, il nous fait découvrir le texte fondateur de notre civilisation. La Torah est loi mais aussi interprétation. La loi orale, le Talmud est le plus grand commentaire des cinq livres de Moïse. Exégètes, philosophes, penseurs, écrivains, ont interprété le texte de plusieurs façons: parfois contradictoires mais souvent complémentaires.

Dans ce livre, accessible au plus grand nombre bien qu'il soit l'oeuvre d'un érudit, nous découvrons les commentaires de maîtres du judaïsme comme Hillel, Shammaï, Raschi, Abravanel, N. Sarna, N. Leibowitz …

L’auteur propose des réponses aux questions contemporaines en invitant les commentateurs de différentes époques à dialoguer.

Jeunes, adultes, juifs, non juifs, croyants ou athées trouveront matière à réflexion dans cet ouvrage.

Dès les premières pages, le rabbin Fields dévoile les méthodes d’interprétation de la Torah découvertes par les rabbins. Parmi celles-ci: les sept principes d’herméneutique de Hillel.

La parution du tome 2 (Exode et Lévitique) est prévue pour le premier semestre 2014.

Le tome 3 (Nombres et Deutéronome) devrait sortir au deuxième semestre 2014.

H.J. Fields « La Torah commentée pour notre temps - La Genèse »

Le Passeur Editeur Rives spirituelles, 176 pages, 24 euros.

Site : www.lepasseur-editeur.com

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Ni muettes ni soumises

8 Juillet 2013

Ni muettes ni soumises

Ni muettes ni soumises

En juin 2013, le magazine « L’Arche » a publié un numéro hors-série « Parcours de Femmes ». Des articles de fond évoquent la place qu’occupe aujourd’hui le féminisme en Israël et, plus particulièrement, le réveil du féminisme dans les milieux orthodoxes. Quelles sont les revendications des femmes juives d' aujourd’hui, notamment dans le domaine de la halakha (loi religieuse) ?

A signaler: le papier d’Eliette Abécassis en rapport avec le problème du guett (acte de divorce juif). Selon elle, c'est « l’un des problèmes les plus urgents à résoudre du judaïsme contemporain ». Dans un entretien, le rabbin Michel Gugenheim affirme : « La transmission se fait par les femmes ».

On peut découvrir le parcours de plusieurs femmes célèbres : Golda Meïr, Tsipi Livni, Simone Veil, Hanna Arendt, Françoise Giroud, Barbara … et les motivations de stars du cinéma qui, comme Marilyn Monroe et Elisabeth Taylor, se sont converties au judaïsme.. Un portrait est consacré à l’actrice Natalie Portman.

A lire: un entretien avec le rabbin libéral Delphine Horvilleur qui assure : « On peut naviguer entre plusieurs mondes juifs et offrir diverses lectures de la loi ».

L’Arche - Le magazine du judaïsme français - Parcours de femmes n°642 – juin 2013, France : 7,60 euros

Site : www.larchemag.fr

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Interview de Jean-Jacques Biton

8 Juillet 2013

Interview de Jean-Jacques Biton

Jean-Jacques Biton: "La peur inconsciente de la femme est-elle à l'origine de la misogynie?"

A l'occasion de la sortie de son nouveau livre; « Lilith ou l'inquiétante féminité» (Editions Hay'Images) Jean-Jacques Biton répond aux questions de Shalom Pratique.

Shalom pratique: Pourquoi cet intérêt pour le personnage de Lilith?

Jean-Jacques Biton: J'avais découvert ce mythe assez jeune en lisant les ouvrages du kabbaliste Gershom Scholem. A l'époque, je me passionnais déjà pour la psychanalyse. J'ai aussitôt compris que ce personnage nous renvoyait aux angoisses que suscite dans notre inconscient la féminité.

SP: Pourquoi, selon les psychanalystes, le femme fait-elle peur à l'homme?

J-J B: Soyons précis, il s'agit d'une peur inconsciente. Freud parlait de « l'inquiétante étrangeté ». Tout être humain est inquiet face à l'autre, à l'inconnu. La féminité est inquiétante parce qu'elle nous confronte à notre origine. Nous sortons d'un utérus et nous marchons vers une tombe. En clair, nous existons entre deux trous noirs. J'observe, dans ce livre que, paradoxalement, ce n'est pas Lilith, la démone, mais Eve qui fait entrer la mort dans le monde. Le nom de Lilith n'apparaît pas dans le texte de la Genèse. C'est un mythe d'origine babylonien qui s'est greffé sur le texte biblique et a beaucoup inspiré la littérature mystique juive.

SP: Que raconte ce mythe?

JJ B: Avant de créer Eve, D.ieu aurait créé, en même temps qu'Adam, Lilith, une femme. Ces deux êtres sont issus de la terre. Au moment de la relation sexuelle Lilith a voulu inverser la position, dominer Adam. Ce dernier a refusé. Une dispute a suivi, Lilith a quitté le jardin d'Eden et s'est donnée à Satan. Elle a refusé la proposition de retour au jardin d'Eden des trois anges envoyé par D. Depuis ce jour Lilith est devenue une redoutable démone condamnée à voir mourir ses fils. Elle s'attaque aux accouchées et aux nourrissons qu'elle vampirise. Elle est également luxurieuse, dotée d'un appétit sexuel insatiable. Dans ce mythe on retrouve tous les « ingrédients » du versant noir de la féminité si on peut dire. La femme vamp, dominatrice, castratrice. Mais tout cela correspond-t-il à la réalité ou aux fantasmes sexuels que l'homme projette sur un personnage féminin imaginaire?

SP: Dans votre livre vous consacrez plusieurs pages à la criminalité féminine et aux infanticides.

JJ B: Il est exact que j'établis un rapprochement entre le mythe de Lilith et certains pathologies mentales féminines. Mais le crime est-il l'apanage de la gent féminine? Selon la Bible, le premier meurtrier est un homme: Caïn. Freud a démontré que le désir de tuer habite chacun de nous. Ce sont les barrières psychologiques créées par l'éducation, la religion, la peur du gendarme qui nous empêchent de passer à l'acte. Selon Freud, le crime est inscrit en nous presque au même titre que le désir sexuel. Nous versons le sang depuis l'aube de l'humanité. Dans la vie en société, il existe de nombreux crimes symboliques. Virer une personne de façon abusive, l'exclure,...n'est-ce-pas une façon de la tuer symboliquement? La sagesse juive nous enseigne que celui qui fait blêmir son prochain en public perd son monde futur. Cela est considéré comme un crime selon la Torah.

SP: Vous expliquez que le sexe et le corps féminin effraient l'homme. Pourquoi?

J-J B: Ici encore, il s'agit d'une angoisse inconsciente que Freud nomme complexe de castration. Quand le petit garçon découvre la différenciation sexuelle, il vit dans la peur de perdre son sexe, au même titre qu'il perd ses ongles et ses dents de lait. La fillette vit ce manque comme une profonde humiliation, elle en veut à sa mère de ne pas l'avoir dotée d'un pénis. Cette angoisse joue un rôle important dans la construction psychologique et l'orientation sexuelle du sujet. Le corps féminin inquiète l'homme car il est capable de métamorphoses internes. Il peut, par exemple secréter du lait. Le corps masculin est dépourvu de cette capacité. Freud qualifiait la sexualité féminine de « continent noir de la psychanalyse ». C'est dire si les mystères du corps et de l'âme féminine ont intrigué et effrayé. Même les hommes de science s'interrogent. N'est-ce pas cette peur inconsciente de la femme qui a produit la misogynie? Une étude attentive montre que la misogynie est comparable au racisme, voire à l'antisémitisme.

Jean-Jacques Biton "Lilith ou l'inquiétante féminité suivi Du judaïsme à la psychanalyse".

Edtions Hay'Images Mai 2012, 96 pages, 16 euros. Vendu par correspondance: hayimages@wanadoo.fr

Interview paru dans Shalom Pratique n°9, Mai 2012

Cet entretien est publié avec l'aimable autorisation du magazine Shalom Pratique

site: www.shalom-pratique.com

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Interview de Frédéric Tournoux

4 Juillet 2013

Interview de Frédéric Tournoux

Frédéric Tournoux: « Rachel a été en butte à des attaques antisémites de la part d'une certaine presse »

- Frédéric Tournoux, vous êtes professeur de lettres, votre dernier roman s’intitule « Mademoiselle Rachel - Solitudes d’une tragédienne » Editions Glyphe. Qui est Mademoiselle Rachel ?

F-T: Mademoiselle Rachel (1821-1858) est une très grande tragédienne, qui connut une renommée internationale, comparable à celle de Sarah Bernhardt, qui lui succéda quelques années plus tard. Elle fut la première comédienne à parcourir le monde, se rendant même à Cuba pour y jouer Corneille et Racine. Malheureusement, atteinte de phtisie, c'est à dire de la tuberculose, elle disparut à l'âge de trente-sept ans. Cent mille personnes assistèrent à ses obsèques au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

- Pourquoi avoir choisi le roman plutôt que la biographie pour raconter la vie de cette tragédienne juive ?

F-T: Mon livre reprend les aspects les plus marquants de l'existence de Rachel mais il s'agit en effet d'une vie romancée car cela me permet de rendre le personnage encore plus proche du lecteur. C'est ainsi que l'on trouve dans mon récit de nombreuses pages en italiques qui correspondent à un journal intime de mon héroïne, mais cela est une création de ma part, puisque Rachel n'a jamais tenu de journal intime. Grâce à celui-ci, j'espère mieux mettre en valeur l'intensité profonde qui animait la grande tragédienne. De plus, certains épisodes de sa vie sont peu connus. Par exemple, elle a écrit une lettre à une amie pour lui dire qu'elle désirait se rendre au bagne de Brest, afin d'être confrontée, comme dans les tragédies, à la misère morale et aux tourments de l'être. Cette lettre est très brève, à peine une page, et il m'a paru passionnant d'imaginer ce qu'elle avait pu ressentir en un tel lieu, alors qu'elle-même n'en disait rien dans son courrier à son amie.

- Dans votre roman sur quels moments de la vie de Rachel avez-vous mis l’accent ?

F-T: Tout d'abord, les grandes tournées: l'Angleterre, l'Europe centrale, la Russie, l'Italie puis l'Amérique, Cuba. Par ailleurs, ses rencontres avec les grands écrivains et poètes: Musset (avec lequel elle eut une liaison), Lamartine, Alexandre Dumas et bien d'autres encore. Enfin, mais ce n'est pas exhaustif, sa vie sentimentale agitée car cette femme extraordinaire se voulait libre. Elle a déclaré, en parlant des hommes et de ses amours: "Je veux bien des locataires mais pas de propriétaires."

- Rachel a-t-elle beaucoup souffert de l’antisémitisme ?

F-T: Je ne pense pas que l'on puisse dire qu'elle en ait souffert mais cela a pu l'atteindre car elle fut, effectivement, en butte à des attaques antisémites de la part d'une certaine presse.

- Rachel a-t-elle beaucoup apporté au théâtre français ?

F-T: Enormément car elle a su interpréter Racine et Corneille notamment (ses deux auteurs de prédilection) en donnant à son jeu une langueur toute romantique - loin des déclamations emphatiques auxquelles le public était habitué - que sa beauté rendait encore plus touchante. Comment ne pas tomber amoureux d'elle? C'est ce qui m'est arrivé...

Frédéric Tournoux « Mademoiselle Rachel Solitudes d'une tragédienne », roman, Editions Glyphes, novembre 2012, 136 pages, 12 euros.

Site: http://www.editions-glyphe.com

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Interview de Francis Huster

4 Juillet 2013

Interview de Francis Huster

Francis Huster: "Albert Camus a été d'une droiture parfaite vis-à-vis d'Israël"

Côte d'Azur: A l'occasion de son passage à Monaco où il a donné son spectacle « Bronx », Francis Huster a fait escale à la FNAC de Nice pour dédicacer son roman: « Albert Camus Un combat pour la gloire » (Le Passeur Editeur). Il a répondu avec chaleur et sincérité aux questions d'Actualité Juive.

A-J: Comment est né ce livre? Vous avez, je crois, rencontré Catherine Camus, le fille de cet auteur dont on célèbre le centenaire de la naissance.

Francis Huster: Oui. Jean-Louis Barrault avait monté « Etat de siège » au Théâtre Marigny. Cela s'était mal passé. Albert Camus avait décidé de le faire seul. Mais il est mort prématurément. Jean-Louis Barrault m'a demandé, quand j'avais dix-huit ans,de monter « La Peste » et d'écrire deux ou trois pages sur Albert Camus à chaque représentation. Il me considérait comme son fils spirituel « Huster mon frère, Francis mon fils. » Au bout de deux-cent-soixante-trois représentations, je me suis retrouvé avec plus de cinq cents pages sur Albert Camus. Quand un jeune éditeur « Le Passeur » est venu me demander, l'an dernier, un livre sur Albert Camus pour le centenaire, j'ai relu ces pages et je me suis rendu compte qu'il valait mieux faire parler Camus lui-même plutôt que de donner mon opinion sur lui. J'ai donc tout recommencé à zéro et cela a donné ce roman à la première personne. Je sais que cela paraît très orgueilleux. Mais j'ai préféré que le lecteur, et surtout les jeunes, écoute, comme si lui-même leur parlait.

A-J: La vie d'Albert Camus a-t-elle été un combat?

F.H: Toute sa vie a été un combat. Il était orphelin puisque son père avait été enrôlé dans les zouaves et qu'il est mort dès le début de la guerre de 14-18. Il a lui-même été obligé de combattre car sa mère était illettrée et ne pouvait imaginer que son fils deviendrait Prix Nobel de Littérature. Il a combattu aussi pour s'imposer comme artiste, au théâtre. Il rêvait aussi de combattre pour ses idées. Il l'a fait pendant la guerre dans la résistance. Il a aussi combattu physiquement. Il était tuberculeux et ne pouvait pas, par exemple, aller chercher son Prix Nobel à Stockholm en avion. J'ai mis « un combat pour la gloire » parce que c'est un combat pour la gloire théâtrale.

A-J: Comment expliquer la dimension universelle de l'oeuvre d'Albert Camus?

F.H: Albert Camus a été instituteur dans une petite école avec des enfants juifs. Il a été frappé par le lien qui l'unissait à ces enfants. Il avait l'impression d'être lui-même -et c'est ce titre que j'aurais pu donner à ce roman- « Le guide ». C'est cela la chose la plus importante. Comme Moïse qui prend son bâton et qui transforme l'eau du Nil en sang devant le pharaon d'Egypte. C'est exactement ce que fait Albert Camus avec l'encre. C'est pour ça qu'il méritait le Prix Nobel. Il touche toujours autant toutes les races, toutes les religions et toute la jeunesse. Il a osé écrire ce que personne n'osait écrire: D.ieu nous a abandonnés et il a fallu trouver un autre d.ieu. Et cet autre D.ieu c'est l'homme et la dignité humaine. C'est l'homme qui lutte contre lui-même. A hauteur d'homme.

A-J: Est-ce qu' Albert Camus se sentait proche du judaïsme et de l'Etat d'Israël?

F.H: Albert Camus a toujours été très net. Il a été d'une droiture parfaite vis-à-vis d'Israël du début à la fin. Il a toujours considéré que ce peuple, le premier de tous les peuples selon lui, avait le droit d' être chez lui. Jean-Louis Barrault et Pierre Dux m' avaient parlé de ce « chez lui » dont parlait souvent Camus. Lui-même se sentait déraciné. Il avait eu avec Dux, une conversation à propos de De Gaulle. Camus se demandait s'il avait un « chez lui ». Il ne savait pas s'il était algérien d'origine française, français d'origine pied-noir... Il était coupé en deux. Il faisait un parallèle avec Moïse: était-il le fils du Pharaon? Était-il le fils d'un hébreu récupéré par la fille du Pharaon? C'est cela qui l'intéressait. D'ailleurs le personnage théâtral de Moïse l'interpellait énormément.

A-J: Comment vivez-vous votre judaïsme?

F.H: D'une façon toute droite. Je ne me suis jamais retourné. J'ai toujours voulu aller de l'avant. J'ai écrit une pièce sur Gustave Mahler qui a renié sa religion pour pouvoir accéder au poste de directeur de l'Opéra de Vienne, puisque ce poste était interdit aux juifs. Cosima Wagner, la veuve de Richard Wagner, tenait absolument à ce que Malher, qui était le plus grand chef d'orchestre wagnérien de son époque, dirigeât cet Opéra. Des deux côtés, c'était la même honnêteté artistique. Mais ce que Malher a fait, moi je ne l'aurais pas fait.

Propos recueillis par Jean-Jacques Biton

Francis Huster "Albert Camus Un combat pour la gloire" Le Passeur Editeur 128 pages 15,90 euros

site: www.lepasseur-editeur.com

Cet interview est publié avec l'aimable autorisation d'Actualité Juive.
Entretien paru dans Actualité Juive n° 1254 du mercredi 8 mai 2013
site: www.actuj.com

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Interview de Nathan Weinstock

4 Juillet 2013

Interview de Nathan Weinstock

Nathan Weinstock: « Jacob Israël de Haan est un très grand poète hollandais »

- Nathan Weinstock, vous êtes écrivain, vous avez traduit, présenté et établi le livre de Jacob Israël de Haan – « De notre envoyé spécial à Jérusalem – Au coeur de la Palestine des années vingt » paru chez André Versaille éditeur. Qui était Jacob Israël de Haan ?

Nathan Weinstock: Jacob Israël de Haan est un très grand poète hollandais (je l'ai découvert - il y a plus d'un demi-siècle en classe terminale au Lycée d'Anvers dans le cadre du cours de littérature néerlandaise). Il est né dans une minuscule communauté juive des Pays-Bas où son père était tout à la fois chantre, chargé du cours de religion, chokhet, mohel, etc. ; bref tout sauf rabbin). Milieu pauvre de sorte qu'il s'est taillé sa réputation à la force du poignet, sans bénéficier de soutiens extérieurs. Il fréquente l'école normale, devient instituteur, se fait connaître par ses premiers poèmes et abandonne progressivement la foi religieuse pour devenir socialiste, parcours classique en milieu juif hollandais à l'époque. Mais à la suite de la publication d'un roman à thématique homosexuelle, il se voit éjecté du jour au lendemain du mouvement socialiste. D'où une profonde aigreur de sa part. Et, après avoir achevé des études de droit et présenté une thèse de doctorat que l'on consulte encore aujourd'hui, il renoue avec le judaïsme, compose un superbe recueil de poèmes à thème juif et s'engage dans la mouvance sioniste religieuse Mizrakhi.

En 1919, enthousiasmé par la Déclaration Balfour il part pour la Palestine en tant qu'envoyé spécial d'un grand quotidien d'Amsterdam (au départ, il aspirait à de hautes fonctions dans l'appareil sioniste, espoir qui sera déçu). En Palestine, il rédige ses chroniques bi-hebdomadaires (remarquables au demeurant), est nommé professeur dans l'Ecole de Droit créée par l'administration mandataire et est actif en tant qu'avocat. Mais il va évoluer. A son arrivée, il était super-sioniste (l'organisation sioniste s'en était apparemment inquiétée puisqu'elle avait ouvert à son sujet

un dossier relatif à son extrémisme). Sous l'influence des milieux ultra-orthodoxes que dirige le Rabbin Sonnenfeld, il évolue graduellement

d'abord vers une attitude très critique vis-à-vis de l'appareil sioniste (qui entendait subordonner la mouvance orthodoxe au Grand-Rabbinat) et ensuite envers le sionisme tout court.

- Comment expliquer que ce fervent sioniste est devenu antisioniste ?

N.W: Il a été tout à la fois séduit par la personnalité charismatique de Rabbin Sonnenfeld et heurté par le sectarisme doctrinaire des dirigeants sionistes. Mais son évolution s'explique aussi par le regard très critique - je dirais même impitoyable - qu'il jette sur la politique de l'organisation sioniste. Des rancœurs personnelles ont contribué à son évolution ainsi que sa nature : c'était un caractériel. Ajoutons-y ses penchants homosexuels, qui ont joué un rôle considérable dans l'attirance qu'exercent sur lui ses jeunes amis arabes.

Mais à côté de ses traits personnels singuliers, il faut reconnaître qu'il est attentif à plusieurs dérives naissantes qui vont marquer l'entreprise sioniste, notamment en ce qui concerne le sort des fellahs. Et on lui doit, outre de superbes descriptions très vivantes des différentes composantes du Yichouv, des interviews des leaders arabes de l'époque auxquels on n'a pas été suffisamment attentif.

- Quelle sera la fin de Jacob Israël de Haan ?

N.W: De Haan sera liquidé par la Haganah en 1924 : c'est le premier assassinat politique depuis la naissance du mouvement sioniste. Crime commis parce qu'il avait acquis une influence considérable auprès de Lord Northcliffe, le magnat de la presse qui était propriétaire du Times de Londres, de sorte que l'on pouvait craindre qu'il ne parvienne à couler le projet sioniste: il faut rappeler qu'à l'époque, la Chambre des Lords était déjà majoritairement hostile à la Déclaration Balfour et que de Haan se proposait de dénoncer le projet sioniste devant la Commission des Mandats de la Société des Nations à Genève... On pouvait donc considérer qu'il représentait un réel danger politique. Il avait concentré sur sa personne une haine incroyable qui s'était traduite par des menaces de mort répétées.

Jacob Israël de Haan « De notre envoyé spécial à Jérusalem – Au coeur de la Palestine des années vingt »

Présentation et traduction par Nathan Weinstock André Versaille éditeur

270 pages 19,90 euros

www.andreversailleediteur.com

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