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Interview d'Eliette Abécassis

28 Juin 2013

Interview d'Eliette Abécassis

Eliette Abécassis : « Plotin me fascine car il recherche l'Un »

- « La palimpseste d’Archimède » est votre dernier roman.
Pourquoi avoir choisi le cadre de l’Ecole Normale Supérieure de la
rue d’Ulm (dont vous êtes diplômée) pour faire évoluer les
personnages de votre thriller historique ?


Eliette Abécassis : Avec ses grands couloirs sombres et silencieux la nuit, son cloître, son univers clos, sa grande bibliothèque, ses élèves, l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm me semblait être le cadre idéal pour un thriller. J'ai puisé dans mes souvenirs d'archicube (ancienne élève), pour inspirer des personnages d'élèves et de profs qui ne sont pas très loin de la réalité.



- On vous savait philosophe, votre roman contient de nombreuses
références aux mathématiques. Avez-vous de sérieuses connaissances dans ce domaine ou vous êtes-vous documenté
e ?


E.A : Je me suis beaucoup documentée, mais je livre là une vision très philosophique des mathématiques. Pas besoin d'être normalien pour lire mon livre! Il suffit de comprendre que dans le nombre Pi, réside le mystère de l'univers. Ce nombre, avec ses décimales infinies et
aléatoires, semble véritablement organiser le monde. Pourquoi? C'est le point de départ de ce roman à la fois réaliste et métaphysique.



- La philo et le judaïsme sont très présents dans ce roman. Vous
semblez fascinée par les philosophes grecs. Pourquoi cet intérêt
pour Plot
in ?

E.A : Je suis philosophe de formation et de coeur. Mon père (ndlr: Armand Abécassis) qui enseigne la philosophie m'a transmis l'amour de la sagesse. Les Grecs me fascinent car ils ont tout inventé: les mathématiques, la démocratie (une autre façon de faire des maths), la philosophie. Plotin, continuateur de Platon, est le plus mystique des philosophes grecs. Il me fascine car il recherche l'Un. Est-ce Dieu? Est-ce Pi? Plotin a aussi cherché l'origine du Mal. La quête métaphysique et l'enquête policière ne sont pas très éloignées.

Eliette Abécassis « Le palimpseste d'Archimède » Roman

mai 2013 Albin Michel 400 pages 21,90 euros

site: www.albin-michel.fr

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Interview de Marc Halévy

24 Juin 2013

Interview de Marc Halévy

Marc Halévy: “Nietzsche vouait une belle admiration au peuple juif”

- Marc Halévy, vous êtes l’auteur du livre « Nietzsche – Prophète du troisième millénaire ? » (éditions Oxus). Peut-on dire que l’œuvre du philosophe allemand recèle une dimension prophétique?

Si l'on se réfère à l'étymologie grecque du mot, le prophète est celui qui voit (phos : la lumière) avant (pro). En ce sens, nul doute que Nietzsche fut prophète et son œuvre prophétique puisque, à la suite de son premier maître, Schopenhauer, et dans le fil du dépassement de la métaphysique de l'Être de Kant par la métaphysique du Devenir de Hegel, Nietzsche proclame le déclin et la mort de la Modernité et de ses idéaux : humanisme, démocratisme, égalitarisme, idéalisme, nihilisme, progressisme, socialisme, industrialisme, matérialisme, etc …

Nietzsche voit clairement l'essence mortifère de cette Modernité dont nous vivons l'agonie terminale de nos jours.

La Modernité se trompe sur tout et spécialement sur ceci que l'homme serait le sommet, le but, le centre de l'univers, qu'il serait "la mesure de toute chose", qu'il serait, comme le proclama Descartes, le détenteur du droit absolu de dominer et d'exploiter la Nature avec, de nos jours, l'évidence des terribles conséquences létales d'une telle attitude.

De plus, la Modernité, après le haut moyen-âge de l'empire chrétien germanique et le bas moyen-âge de la féodalité, est le troisième et dernier avatar du Christianisme qui s'étiole sous nos yeux, sapé par son dogmatisme et son autoritarisme, et rongé par ses contradictions internes (un monothéisme qui conçoit un triple dieu et un diable …).

En conspuant la Modernité, c'est le christianisme, sa morale d'esclave, sa morale du ressentiment, son idéalisme dualiste et culpabilisateur, sa haine de la chair, du monde et de la vie que Nietzsche condamne (et, en toute bonne logique, il condamne, sur le même fil, la continuation laïque du christianisme : le socialisme sous toutes ses formes c'est-à-dire le refus du Réel et de la Nature tels qu'ils sont et vont).

- On a présenté Nietzsche comme un philosophe nihiliste, athée, précurseur du nazisme tout cela est-il sensé ?

Balayons immédiatement le soupçon d'un quelconque rapport entre Friedrich Nietzsche (mort psychiquement en 1889 et physiquement en 1900, rappelons-le) et le socialisme national allemand. La sœur de Nietzsche, Elisabeth, a épousé un certain Forster qui devint dignitaire du mouvement nazi. Lors de la montée au pouvoir d'Adolf Hitler, elle trafiqua les fragments non publiés de son frère et les édita sous le titre (que Nietzsche avait donné à un projet de livre qu'il abandonna) de "La volonté de puissance". Ces textes trafiqués étaient censés offrir, au mouvement socialiste national, une assise philosophique. Mais la supercherie fit long feu et fut vite dénoncée, notamment par Daniel Halévy en France. La remarquable reconstitution, soigneuse et minutieuse, par les Italiens Colli et Montinari et publiée sous le titre "Fragments posthumes", ne laisse aucun doute.

Dans ses œuvres, Nietzsche ne cache pas son dégoût pour le germanisme, pour le militarisme prussien, pour la politique brutale de Bismarck, pour l'inculture, la grossièreté, la barbarie allemandes. N'oublions jamais que Nietzsche se veut descendant de la petite noblesse polonaise et que, dans sa tête, il est un méditerranéen, un grec ancien, un amoureux fou du nord de l'Italie, de la Suisse du sud et des alpes maritimes où il vivra la plus grande part de sa courte vie. Nietzsche lit les philosophes grecs, Héraclite en tête, les moralistes français et quelques philosophes allemands pourvu qu'ils soient anti-kantiens (Schopenhauer, Hegel, Schelling, …).

Quant au nihilisme, c'est-à-dire la posture philosophique qui nie tout sens à quoique ce soit, qui nie toute valeur, toute cohérence, toute éthique, toute métaphysique, Nietzsche en fait l'apanage du "dernier des hommes" qui symbolise les hommes de l'ultramodernité, de la Modernité mourante, finale, extrême. A la fin du prologue de "Ainsi parla Zarathoustra", il affirmera que le nihilisme sera le stade ultime de la Modernité, la fin de l'histoire moderne … ce qui est précisément ce que nous vivons à notre époque dont le nihilisme n'est plus à démontrer. Mais Nietzsche accuse le nihilisme, il ne le pratique pas. Tout au contraire, il donne du sens au monde et, ce faisant, en transmute les valeurs. Il donne du sens au monde en érigeant, en moteur de l'histoire, la volonté de puissance (qui, autrement dit, désigne l'intention profonde et immanente qui anime tout ce qui existe : s'accomplir en plénitude). Il donne du sens à l'humanité en pointant son destin d'être un pont tendu entre l'animal et le Surhumain (ce qui dépasse l'homme et le transcende en lui donnant sens). Il prône des valeurs fortes, élitaires, nobles, aristocratiques tout à l'opposé des valeurs chrétiennes et modernes telles que l'égalité, la démocratie, la pitié, la grégarité, … Nietzsche est un anti-nihiliste, mais il sait que le nihilisme triomphera, malheureusement, à la fin de la Modernité … avant que n'émerge le chemin qui conduira vers le Surhumain.

Enfin, Nietzsche et l'athéisme forment un sujet bien mal compris. Nietzsche - comme Spinoza - n'est pas athée, mais il est farouchement antithéiste : il ne croit pas - et il se moque de cette croyance - en l'existence d'un Dieu personnel, extérieur au monde, créateur et directeur du Ciel et de la Terre. Il réfute toute forme de surnaturel : il est radicalement naturaliste car, pour lui, rien n'existe hors de la Nature. Il découvre, sur le tard, Spinoza, et reconnait alors que le philosophe juif de Hollande fut le plus grand de ses précurseurs.

Nietzsche n'est pas athée, mais antithéiste ; il est aussi un mystique, habité par une spiritualité naturaliste à la Schelling, à la Novalis, à la Schlegel et, plus généralement, à la manière du romantisme allemand. Ses principes cardinaux (la volonté de puissance, le Surhumain, l'éternel retour, l'Amor fati) fonde une mystique de l'immanence, une mystique panenthéiste. Il y a là une sacralisation de la Vie, du Réel qui s'oppose, avec une énergie farouche, à tous les idéalismes qui ne sont que des fuites hors de la Vie et du Réel. Nietzsche est un mystique du Réel. Sans qu'il ait pu le savoir, sa pensée n'est pas bien éloignée du taoïsme de Lao-Tseu ou de la non-dualité des upanishad.

- Est-il vrai que Nietzsche était philosémite et très proche de la pensée philosophique juive ?

Oui, autant Nietzsche avait la christianisme en sainte horreur, autant il vouait une belle admiration au peuple juif. Il voyait, d'ailleurs, dans l'antisémitisme qui, à son époque, pointait déjà son groin affreux, une marque de décadence, de dégénérescence. Autant il voyait, dans le message évangélique, une philosophie de la faiblesse, de la mollesse, du troupeau, de la mièvrerie, autant il trouvait, dans le message toraïque, un posture de force, de puissance, de rigueur, de discipline, un esprit d'aristocratisme profond et élevé.

C'est cela que Nietzsche aime dans l'histoire juive, dans l'âme juive : son aristocratisme, sa noblesse tant éthique qu'intellectuelle.

Le Juif, pour Nietzsche, c'est celui qui refuse la facilité du troupeau et de la pitié, c'est celui qui combat tous les esclavages ("et tu sortiras de la maison d'esclavage"), c'est celui qui assume son destin (l'Amor fati), c'est celui qui œuvre à l'élévation de l'homme vers plus haut que lui. Nietzsche voit dans l'histoire juive comme une preuve ontologique de ses propres vues.

Marc Halévy “Nietzsche Prophète du troisième millénaire?” éditions Oxus 414 pages 29 euros.

Site: www.piktos.fr

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Interview de Max Kohn

17 Juin 2013

Interview de  Max Kohn

Max Kohn : L’idéologie antisémite amalgame très vite le Juif au vampire

- Max Kohn, vous êtes maître de conférences à l’Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, membre du laboratoire C.R.P.M.S (Centre de recherches en psychanalyse, médecine et société) EA 3522, psychanalyste, membre d’Espace Analytique (site : www.maxkohn.com ). Un vampire sur le divan (MJW Fédition) est votre dernier livre. Que représente le vampire dans notre inconscient ?

- Max Kohn : Le vampire représente dans notre inconscient une dimension archaïque d’une relation avec un autre sur un mode fusionnel dont le modèle est dans la relation mère-enfant. Pour Françoise Dolto, c’est ce qui se passe dans le ventre maternel entre le fœtus et le placenta, une dépendance et une transfusion sanguine permanente.

Une fois le bébé sorti du ventre maternel, cette étape qui permet la vie est interrompue. La coupure du cordon ombilical fait que l’embryon est séparé de sa mère et doit vivre dans une certaine indépendance. Cette transfusion permanente et cette dépendance totale vis-à-vis d’un autre sont présentes dans la représentation du vampire au niveau de l’inconscient.

La représentation du vampire comme immortel renvoie aussi à l’idée de Freud pour qui l’inconscient ignore la mort.

- Comment expliquer que le vampire occupe une telle place dans notre culture ?

- M.K : C’est à partir de cette transfusion sanguine imaginaire permanente et de ce désir d’immortalité que le vampire en vient à occuper une telle place dans la culture occidentale, mais aussi dans le monde entier puisque l’on retrouve cette représentation du vampire dans de très nombreuses cultures.

Cela concerne la séparation des vivants et des morts dans une société dans la mesure où celle-ci n’est jamais acquise une fois pour toutes et que c’est seulement grâce à des rituels et à des mythes qu’on peut la mettre en place.

La littérature, le cinéma et la télévision s’emparent de la figure du vampire pour en faire des œuvres artistiques qui ont un très large retentissement. Il existe un marché de l’art concernant le thème du vampire parce qu’il touche à de l’archaïque pour le bébé dans son désir d’immortalité et de dépendance du lait maternel qui est remplacé par le sang.

Le vampire concerne aussi un désir d’immortalité dont on ne peut pas faire le deuil.

- Le vampire nous ramène-t-il à certaines peurs et désirs infantiles, archaïques ?

- M.K : Le désir infantile archaïque se trouve du côté de l’immortalité, c’est aussi du côté de la toute puissance au niveau oral de la morsure. Cela porte sur la morsure et l’apparition de la première dent qui est un événement traumatique pour le bébé et qui fait que pouvant mordre, il a peur d’être mordu. La morsure est une possession d’un bout de corps de l’autre, c’est une possibilité de faire mal qui est aussi traversée par la peur d’avoir mal.

Tout ce qui concerne le stade oral est une menace pour le bébé et ses parents ne manquent pas de le mordiller lorsque ce dernier les mord. Il y a un retournement possible de ce que l’enfant fait à chaque fois qu’il avance dans la vie et que des modifications ont lieu dans son corps qui peuvent être vécues comme dangereuses pour lui.

- Les antisémites ont fait un rapprochement entre le vampire et le Juif. Peut-on expliquer rationnellement un tel degré de haine ?

- M.K : Le vampire n’est pas particulièrement juif mais le Juif peut apparaître comme un vampire dans l’idéologie antisémite parce que c’est un suceur de sang. C’est celui qui peut commettre des meurtres rituels à la Pâque juive en prenant du sang des enfants chrétiens pour confectionner du pain azyme, et c’est celui qui exploite économiquement.

L’idéologie antisémite amalgame le Juif avec le vampire, le vampire étant un stéréotype qui concerne tout le monde : c’est-à-dire que c’est une puissance qui peut faire du mal et contaminer chacun en lui arrachant son sang malgré sa volonté.

Le stéréotype qui concerne le Juif chez le vampire touche l’oralité, l’immortalité et la contamination.

L’oralité déployée avec les dents pour sucer le sang des victimes chez le vampire est aussi une haine du juif dans son rapport à l’oralité. Il y a un aller-retour infini entre l’oral et l’écrit dans la tradition juive où rien n’est fixé une fois pour toutes. L’oralité du Juif ne peut pas être contrôlée.

La haine du Juif comme vampire se situe au niveau du risque d’être englouti par son oralité.

Max Kohn « Un vampire sur le divan » éditions MJW Fédition 160 pages 20 euros

www.mjw-fedition.com

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Interview d'André Rozenberg

13 Juin 2013

Interview d'André Rozenberg

André Rozenberg: "J'ai été le plus jeune enfant juif de France déporté en 1943"

André Rozenberg, vous êtes professeur de Lettres honoraire, docteur en histoire. Vous êtes l’auteur du livre « Les enfants dans la Shoah » (Les Editions de Paris Max Chaleil). Les historiens se sont-ils suffisamment penchés sur ce sujet ou bien reste-t-il encore des zones d’ombre ?

André Rozenberg: Quand j'ai entrepris ce travail, les enfants - qu'ils soient juifs ou tsiganes - n'avaient guère retenu l'attention. Le sort de cette enfance sous l'Occupation tient une place des plus modestes dans l'Histoire. On est tenté d'englober la déportation et l'assassinat des enfants juifs dans l'ensemble des victimes de la guerre sans mentionner d'une façon précise en quoi leur situation douloureuse diffère de celle des autres déportés adultes. On a amalgamé dans une même souffrance, celle des adultes et celle des enfants pour qui aucun traitement de faveur n'a été fait. Trop souvent la déportation des enfants est apparue sous forme d'exception. De leur déportation, on ne soulève le plus souvent, que les aspects les plus extraordinaires et qui frappent le plus l'imagination, et ceux qui sont les plus horribles. Il fallait donc éviter ce travers et montrer combien toutes les lois et ordonnances, publiées entre 1940 et 1944, décrèteront l'isolement et l'arrestation de plusieurs milliers d'enfants, combien aussi elles prépareront l'opinion française à ces futures arrestations, combien enfin elles ne leur donneront aucune chance de se sauver. L'enchaînement: arrestation, internement et déportation, devenait alors inéluctable. C'est cet enchaînement meurtrier - jamais vu dans l'Histoire- que j'ai voulu dire. Ce fut un travail obstiné et douloureux.

Dans votre livre vous abordez la déportation des enfants juifs et tziganes de France. Connait-on le nombre d’enfants déportés et de survivants ?

A.R: En se fondant sur les archives françaises et allemandes et sur les travaux de Serge Klarsfeld, on sait qu'entre mars 1942 et août 1944 environ 76000 Juifs de France - sur une population d'environ 300 000 - ont été déportés. Moins de 3000 sont revenus. Les enfants de moins de 14 ans au moment de l'arrestation sont plus de 17 000 (convois de Drancy et de Malines). Environ 300 d'entre eux survivront à la Libération. Aucun survivant des convois de 1942 et de 1943. J'ai le "triste privilège" d'avoir été le plus jeune enfant juif de France déporté en 1943 et d'avoir vécu le plus long temps de déportation (octobre 1943 à mai 1945).

Vous avez été déporté à 3 ans et demi avec votre famille au camp de concentration de Ravensbrück puis de Bergen-Belsen d’octobre 1943 à mai 1945. Gardez-vous des souvenirs de cette sombre période de votre vie ?

A.R: A cet âge, bien sûr, je n'ai gardé que peu d'images des camps et c'est peut-être … une bonne chose. En revanche, ces quelques images sont d'une grande violence et elles sont toujours présentes à mon esprit. - images de nuit, de neige et de froid, images de châlits qui s'effondrent et les images de l'enfant de quatre ans que j'étais et qui, chaque soir, attendait le retour de sa mère partie travailler dans différents kommandos. Images d'une terrible angoisse car il craignait toujours que cette mère adorée ne fût plus là.

André Rozenberg « Les enfants dans la Shoah » Les Editions de Paris Max Chaleil 492 pages 25 euros www.leseditionsdeparis.com

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"Tzedek Les Justes" Un film de Marek Halter

9 Juin 2013

"Tzedek  Les Justes"     Un film de Marek Halter

Cinquante ans après l’Holocauste l’écrivain Marek Halter ne se résout pas à admettre que tous les hommes furent complices du génocide juif.

Il décide de rechercher et de rencontrer « Les Justes », ceux qui, ont risqué leur vie pour soustraire les juifs à la barbarie nazie. Il se demande pourquoi eux et pas d’autres. Il parcourt le monde pour rencontrer ces hommes et femmes courageux pour qui sauver une vie était naturel. Ce film retrace son périple, montre des visages, raconte des histoires fascinantes. Marek Halter est convaincu que le bien est aussi une aventure et qu’aucune situation si inhumaine soit-elle n’empêche les hommes de conserver un peu d’humanité.

« Tzedek Les Justes » Un film de Marek Halter Couleur. 16/9. 1.66. Stéréo. France 2. PAL. DVD 9. 1h44

www.editionsmontparnasse.fr

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Interview de Yona Ghertman

3 Juin 2013

Interview de Yona Ghertman

Yona Ghertman : Le Judaïsme est avant tout une loi

- Yona Ghertman, vous êtes rabbin, docteur en droit. Vous êtes l’auteur du livre “La loi juive dans tous ses états” (Editions Lichma). Comment s’est constitué votre ouvrage?

Yona Ghertman : L'ouvrage est constitué sous la forme de huit "séances" dispensées dans le cadre de l'Université Hébraïque Libre de la Côte d'Azur durant l'année scolaire 2011-2012. Les quatre premières traitent une première partie "Les fondements du droit rabbinique". Il y est question de comprendre l'évolution de la loi juive (Halakha) au cours de l'histoire. Dans une seconde partie, des problématiques modernes sont abordées sous l'angle du droit rabbinique : les relations entre les différents courants du judaïsme, la bioéthique, la femme dans le judaïsme, et le droit des contrats.

- Le judaïsme est-il davantage une loi qu’une religion?

Y-G : On retrouve dans l’étymologie du mot "religion" (du latin religare) l'idée de relier différents éléments entre eux. On constate effectivement dans le judaïsme l'importance d'un double lien, celui entre Dieu et les hommes ; et celui entre les hommes eux-mêmes à travers la communauté (kahal). De ce point de vue, le judaïsme est bien une religion.
Cependant, si on entend par "religion" l'existence d'une spiritualité spécifique, alors le judaïsme est bien plus. Il est avant tout une loi, un ensemble de préceptes donnés dans la Torah puis développés selon des méthodes strictement juridiques par les Sages du Talmud.

Je montre dans mon ouvrage que cette loi s'intègre dans tous les domaines de la vie quotidienne. Elle dépasse de loin l'organisation du culte.

- Comment sommes-nous passés du droit biblique au droit rabbinique?

Y-G : Selon la tradition talmudique, il n'y a pas eu un passage, mais un enchevêtrement entre le droit biblique et le droit rabbinique. Par le biais de l'exégèse, les Sages du Talmud démontrent que les lois qu'ils édictent trouvent leurs fondements dans les versets de la Torah. D'un œil extérieur, il est vrai qu'une véritable rupture apparaît entre certaines lois énoncées dans la Bible et d'autres se trouvant dans le Talmud et chez ses commentateurs. Selon les historiens laïcs, le droit rabbinique est apparu avec les Pharisiens vers le second siècle avant notre ère. Une telle perspective passe sous silence la démarche exégétique, sa complexité et sa richesse.

- Abordez-vous certains problèmes d’éthique?

Y-G : Certaines thématiques mettent indéniablement le doigt sur des questions éthiques. Je pense par exemple au chapitre sur la place de la femme dans le couple, ou encore au développement au sujet de l'euthanasie. Néanmoins, je montre à plusieurs reprises dans la seconde partie du livre que les réponses éthiques ne sauraient remplacer les réponses juridiques. La loi juive intègre une réflexion éthique qu'elle encadre par des principes juridiques. Plusieurs illustrations concrètes et actuelles de cette idée se trouvent dans mon ouvrage.

Yona Ghertman « La loi juive dans tous ses états », Editions Lichma, 172 pages, 19,90 euros www.lichma.com

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Interview de Bernard Grasset

2 Juin 2013

Interview de Bernard Grasset

Rachel, une œuvre essentielle de la poésie hébraïque.


- Qui était Rachel Blaustein ?

Bernard Grasset : Rachel Blaustein, connue sous le simple prénom de Rachel qu’elle avait choisi comme nom d’auteur en écho de l’épouse de Jacob, est une importante poétesse juive, née en 1890 en Russie et morte à Tel-Aviv en 1931. Issue d’une famille où se mêlaient une atmosphère religieuse (sa mère, Sophie, était fille de rabbin) et une atmosphère culturelle tournée vers la réflexion, l’art, la littérature (son frère aîné est philosophe, une de ses sœurs est musicienne), elle est partie pour la Palestine en 1909. Ce qui ne devait être qu’un court voyage bouleversera son existence. Alors qu’elle avait toujours rêvé d’être peintre, elle devient peu à peu paysanne. Pendant quelques années, à partir de 1913, elle apprend l’agronomie à l’Université de Toulouse. Après un séjour à Odessa au sein d’une institution éducative de bienfaisance envers les enfants de réfugiés juifs, elle repart en 1919 pour le Proche-Orient. Près du lac de Tibériade, dans le kibboutz de Degania, elle mène alors une vie de labeur et de ferveur. Atteinte de tuberculose, elle est contrainte de quitter le kibboutz. C’est à Tel-Aviv, rue Bograshov, dans une petite chambre face à la mer, qu’elle passe les dernières années de sa brève existence. Sur fond de souffrance, de mort et d’amour, elle a élaboré une œuvre essentielle de la poésie hébraïque contemporaine.

Qu’est-ce qui caractérise sa poésie ?

B-G : L’œuvre poétique de Rachel, composée de trois recueils, Regain, De loin et Nébo, se caractérise par l’alliance de la simplicité et de la profondeur, la sobriété et l’intensité, l’imprégnation biblique et le sens de la lumière. En même temps que Rachel parle de sa vie, elle peint la condition humaine. Elle ne triche pas avec les mots. L’univers biblique et l’univers moderne entrent en harmonie. La poésie de Rachel est une poésie du cœur, attachée à ce qui est le plus essentiel dans l’existence humaine, une poésie qui, comme à l’origine, se confond avec le chant.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces poèmes au point de vouloir les faire découvrir au public francophone ?

B.G : Lorsque j’étudiais la littérature hébraïque de la Bible à nos jours, avec l’Institut de la connaissance hébraïque, j’avais eu à traduire cinq poèmes de Rachel. Ce fut un éblouissement, un rare bonheur de traduction. Après une thèse sur les Pensées de Pascal et la Bible, j’ai réussi à me procurer le texte de Regain et l’ai traduit avec ardeur. Il y avait dans la poésie de Rachel une authenticité humaine, une attirance pour le lointain, une coloration biblique, une pureté de style, un langage poignant, une communion avec la nature, un élan fraternel, une force tragique, une attente dépouillée de tout artifice, une fascination pour l’azur (tekhèlét), qu’il me fallait faire partager aux lecteurs francophones. C’est ainsi que 75 ans après sa mort est paru Regain, la première traduction en français et la première édition en langue étrangère d’une œuvre séparée de Rachel. Avec De loin suivi de Nébo sont accessibles aujourd’hui les deux autres recueils de cette noble poétesse dont je n’aurai été que l’humble découvreur, le passionné serviteur.

Rachel Blaustein était-elle sioniste ?

B.G : Quand Rachel part pour la Terre Sainte en 1909, ce n’est pas pour s’y installer. Mais elle est éblouie par les paysages, le lac de Tibériade, la terre, la lumière. Elle y retrouve des racines cachées, une lointaine mémoire et elle s’attache avec ardeur à apprendre l’hébreu, en particulier auprès des enfants. « En commençant à étudier l’hébreu, nous voulions naître de nouveau » écrira sa sœur Suzanne. Rachel voulait devenir peintre. Son arrivée en Palestine, son contact avec les pionniers, son amour de la nature, transforment sa vocation picturale en vocation paysanne. La tuberculose, l’éloignement du kibboutz, la solitude, la conduiront de la vocation paysanne à la vocation poétique. De cet hébreu qu’elle avait appris dans la proximité des enfants, elle fera la langue d’un chant poétique à la fois très enraciné dans la Bible et moderne, très enraciné dans un peuple et universel. Son expérience de vie parmi les pionniers, d’enseignement de l’agriculture, de partage communautaire au sein d’un kibboutz, a été transformée en poème par l’auteur de Regain. Rachel est essentiellement pionnière de la langue hébraïque moderne. Adaptant l’hébreu biblique aux réalités de son temps, elle a voulu faire de sa vie et de son œuvre un chant, un chant où luirait sans fin la lumière azurée de Tibériade.

Est-il aisé de traduire en français de la poésie écrite en hébreu ?

B.G : Actuellement je traduis trois poètes grecs contemporains du mystère, tout en continuant à traduire des textes de Rachel. Quand je compare avec mon expérience de traduction de l’hébreu, je trouve, ce qui peut paraître en apparence paradoxal car le français se rapproche, par son lexique et sa syntaxe de la subordination, du grec alors qu’il est étranger à l’hébreu, langue sémitique non adjectivale de la juxtaposition, que le passage de l’hébreu au français se fait souvent de façon plus spontanée, fluide, comme naturellement. Sans doute, dans le cas de Rachel, cela vient-il d’une proximité intérieure, existentielle, esthétique, une proximité de mémoire, d’une amitié secrète par-delà le temps. Je ne dis pas que traduire en français de la poésie hébraïque est tâche facile, il y faut bien de la patience, mais je dis que l’on peut avec un vrai poème en hébreu écrire, par le geste à la fois scientifique et artistique de la traduction, un vrai poème en français. D’une certaine manière, c’est en traduisant le poème A Jérusalem de Yéhoudah Halévi (en particulier des vers comme « Vers toi mon âme brûle des confins d’Occident ! / Mes entrailles se déchirent quand je me souviens du passé ») que je me suis senti profondément attiré par la traduction poétique de l’hébreu. Il y avait là quelque chose de brûlant, de poignant. J’ai aimé aussi traduire des poèmes comme Le quinze shevat de Sh. Shalom ou Le chant du travail et du labeur et L’attentif de H. N. Bialik. J’aime traduire des Psaumes, les plus poétiques des Psaumes. Mais c’est toujours avec les poèmes de Rachel que le passage au poème en français s’effectue le plus directement. Ce qui est certain, c’est que, hébreu ou grec, je ne puis traduire des poètes qui ne me touchent pas au profond de mon être.

Rachel, De loin suivi de Nébo, traduction : Bernard Grasset, Arfuyen, Paris-Orbey, 2013, 213 p., 14 euros www.arfuyen.fr

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