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Interview de David Saada

24 Décembre 2015

Interview de David Saada

David Saada: « Dire que le Midrach est un recueil de légendes relève d’un total contresens »

- David Saada, vous êtes diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (1970), licencié en Sciences Economiques de Paris (1969), ancien directeur du FSJU (1983 à 2010), directeur du mensuel l’Arche (1986 à 2010), directeur de la radio RCJ (1984-2010), promoteur du site internet Akadem (2006). Votre dernier livre s’intitule “Au coeur du verset: Initiation au commentaire midrachique en 52 leçons” (In Press). Comment expliquer que le questionnement midrachique est au cœur de la pensée juive ?
David Saada : En effet, le Midrach a fécondé, et continue de féconder la pensée juive : commentateurs, philosophes, kabbalistes s’en nourrissent constamment. Les auteurs du Midrach sont les Sages de la Torah orale, les Tannaïm, les Amoraïm . Les grandes compilations du Midrach ont été achevées vers les 9ème -10ème siècles de l’ère courante. Le midrach est un mode de lecture du texte de la Torah écrite qui permet d’explorer en profondeur ses significations multiples. Cette lecture est fondée sur une interrogation des moindres détails du texte, de ses apparentes redondances, de ses anomalies grammaticales, de ses obscurités. Le Midrach décrypte le texte de la Torah, mais il doit lui-même être décrypté, parce que le mode d’exposition des Sages n’est pas conceptuel mais métaphorique. Pour avoir les clés d’accès à la Torah que fournit le Midrach, il faut au préalable disposer d’autres clés, celles qui permettent d’entrer dans la pensée midrachique. Fournir quelques-unes de ces clés, c’est le but de mon livre.
- Le Midrach est-il seulement un commentaire axé essentiellement sur l’imagination des exégètes ?
D.-S. : Non pas du tout. C’est un travail rigoureux, une pensée. Pas un travail qui met en jeu l’imagination, la fantaisie. N’importe qui ne peut pas produire du Midrach. Il faut une connaissance de la Torah très profonde au préalable. L’habillage peut paraitre relever de la simple imagination, mais c’est une illusion trompeuse. Dire que le Midrach est, comme on l’entend parfois, un recueil de légendes relève d’un total contresens.
- Au-delà de l’apparent imaginaire, le commentaire midrachique demeure-t-il tout de même cohérent ?
D.-S. : Le Midrach expose la philosophie du judaïsme. Il s’interroge sur le Projet divin, sur la signification de la condition humaine, sur le destin d’Israël, sur les rapports entre Israël et l’Humanité. Certains midrachim se présentent parfois sous des formes contradictoires, plusieurs commentaires a priori incompatibles semblant s’opposer. En fait, il s’agit de présenter l’objet de la réflexion midrachique sous des angles de vue différents. Ce qui semble contradictoire est en fait complémentaire, ce sont des efforts multiples d’approche de la vérité. Dans son ensemble la pensée midrachique est plutôt cohérente, en dépit du fait qu’elle ait été produite sur des siècles par des centaines de Sages.

David Saada - “Au coeur du verset” - In Press – Août 2015 -

248 pages - 18 euros -

Site: www.inpress.fr

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Interview Dr. Ariel Toledano

23 Décembre 2015

Interview Dr. Ariel Toledano

Dr. Ariel Toledano : La Kabbale est une philosophie de l’unité

- Dr Ariel Toledano vous êtes médecin, spécialisé en phlébologie et en médecine vasculaire. Vous êtes chargé d’enseignement d’Histoire de la médecine à l’université René Descartes (Paris V). Votre dernier livre s’intitule “Médecine et Kabbale - Le pouvoir des lettres” (In Press). Que signifie le terme Kabbale?
Ariel Toledano : La Kabbale, de la racine du mot kibbel en hébreu signifie « recevoir » qui évoque la transmission d’un savoir. Cette notion si chère au judaïsme est au centre de cette pensée féconde qui tente de comprendre le mystère de la vie.
- Quand vous parlez de “pouvoir des lettres” s’agit-il d’un pouvoir symbolique ou d’un pouvoir réel?
A.-T. : Selon la Kabbale, les lettres hébraïques sont à l’origine du monde. Elles ont donc un pouvoir créatif. En hébreu, la santé se dit bériouth, qui rappelle le mot bara qui signifie création. Etre en bonne santé, c’est être dans un processus de création, dans un processus en mouvement. La découverte de l’ADN composé de 4 nucléotides représentés par 4 lettres dont l’agencement permet de coder une information génétique met en évidence l’idée d’un langage du vivant. Les 22 lettres de l’alphabet hébraïque font écho aux 22 acides aminés indispensables à la synthèse des protéines, formant une entité essentielle du vivant. Ces similitudes entre la Kabbale et la biologie moléculaire évoquent bien plus que l’idée d’un pouvoir symbolique.
- Votre connaissance de la Kabbale et des 22 lettres hébraïques vous aide-t-elle à mieux soigner vos patients?
A.-T. : La Kabbale est une philosophie de l’unité, matrice commune à tous les êtres à l’image de l’ADN. Cette philosophie de l’unité est pour le médecin que je suis, le reflet de l’unité du corps et de l’esprit. Soigner, c’est écouter, entendre au-delà des mots, déceler des signes. C’est aussi savoir interpréter pour arriver à cette parfaite harmonie entre le corps et l’esprit. L’exercice de la médecine m’a amené à constater une part de subjectivité dans les soins. Nous avons tous, parmi nos patients, des cas qui nous ont surpris, qui ont défié nos concepts rationnels de la médecine. Ces patients nous amènent à nous interroger. La Kabbale considère que l’homme n’est pas figé, qu’il a toujours la possibilité de s’en sortir. Cette notion m’amène à dire que nous avons tous en nous, des ressources insoupçonnées qu’il faut savoir exploiter. Soigner, c’est accompagner son patient pour le guider vers le chemin de la guérison. Soigner c’est se soucier de l’Autre pour lui redonner de l’espoir. C’est ce message d’espérance que je souhaite transmettre à travers mes écrits.
- Peut-on établir des ponts entre Médecine et Kabbale?
A.-T. : Il existe de nombreuses affinités entre médecine et Kabbale. La médecine tente de dévoiler les maux du corps, à l’image de la Kabbale qui dévoile ce qui est caché dans le Texte. Le kabbaliste et le médecin manifestent tous deux dans une volonté de comprendre le vivant. Ils partent tous deux du postulat de l’intelligibilité du monde et du corps, mais n’en ont pas la même interprétation : Pour le médecin, il n’y a aucune limite à la connaissance de l’homme - tout est une question de temps -, alors que pour le kabbaliste, notre compréhension et nos connaissances sont limitées ce qui empêche l’homme d’arriver à une totale compréhension de la création. C’est cette part de subjectivité qui doit nous rappeler que la médecine reste un art et non une science.

Dr. Ariel Tolédano – « Médecine et Kabbale – Le pouvoir des lettres » - Editions Inn Press – Août 2015 – 280 pages – 18 euros -

Site : www.inpress.fr

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Interview de Jacky Milewski

21 Décembre 2015

Interview de Jacky Milewski

Jacky Milewski: « Le peuple juif s'est fondé, façonné, forgé, autour de sa loi, la Torah »

- Rabbin Milewski, vous êtes l’auteur du livre : ”Plaidoyer pour le judaïsme de nos Pères, pour nos enfants” (Biblieurope). Quelle différence faites-vous entre judéité et judaïsme?
Jacky Milewski: La judéité est inextricablement liée au judaïsme car le peuple juif s'est fondé, façonné, forgé, autour de sa loi, la Torah. L'histoire juive est, par essence et définition, une histoire religieuse. C'est dans le domaine de la spiritualité que les juifs, tout au long de l'histoire, se sont singularisés et ont été reconnus en tant que tels. Ce n'est que depuis l'émancipation qu'une certaine idéologie a tenté de déconnecté la judéité du judaïsme créant ainsi une nouvelle manière d'être juif que la tradition et l'histoire ne connaissent pas.
- La transmission rigoureuse des lois de la Torah explique-t-elle la pérennité du peuple juif jusqu’à nos jours?
J.-M.: Bien sûr! C'est une transmission rigoureuse des lois de la Torah qui a assuré la cohésion et l'unité du peuple juif malgré sa dispersion aux quatre coins du monde et l'hostilité ambiante. C'est parce que chaque communauté avait à coeur de transmettre ce qu'elle même avait reçu que le peuple juif a pu resté fidèle à lui-même. Un système de courants où l'on dit une chose et son contraire met un point final à la cohésion du peuple, à la reconnaissance des uns par les autres.
- L’interprétation et l’adaptation des lois de la Torah de nos jours sont-elles les mêmes que pendant l’Antiquité?
J.-M.: Le mode d'étude, la pratique halakhique, l'approche méthodologique, sont invariablement les mêmes à travers l'histoire. Cette procédure assure la stabilité et l'équilibre de la loi à travers les âges. La méthode est purement logique, objective, dénuée de toute idéologie ou indexation au relativisme des mentalités du moment.
- La venue du Messie va-t-elle confirmer la vérité de la Torah?
J.-M.: Par la force des choses, oui puisque la tradition juive a formulé la promesse de la libération. Mais, le messianisme n'a pas cette fonction en tant que projet premier.

Jacky Milewski – Plaidoyer pour le judaïsme de nos Pères, pour nos enfants » - Biblieurope – 2015 – 194 pages – 14 euros - Site: www.biblieurope.com

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Interview de Frédéric Chaouat

18 Décembre 2015

Interview de Frédéric Chaouat

Frédéric Chaouat: « Ce serait formidable que les hommes politiques s'inspirent de mon ouvrage »

- Frédéric Chaouat, vous êtes professeur d’anglais, auteur du livre: “La sagesse politique du Talmud et de la Torah” (éditions Tatamis). Selon vous, la pensée talmudique et la pensée laïque sont-elles compatibles?
Frédéris Chaouat: Bien entendu. Toutes les lois sociales, juridiques, écologiques… issues du Talmud sont parfaitement compatibles avec la pensée laïque. Il va sans dire que toutes les lois concernant chabath ou les fêtes ne le sont pas, ou si peu, mais toutes les autres lois peuvent facilement être transposées à notre époque moderne. Il est clair toutefois que des modifications, des alternatives, des transformations seront parfois nécessaires (...) mais pour l’ensemble il n’y a aucun problème. Pour ma part je suis toujours surpris par les réflexions de mes lecteurs (pour la plupart non juifs). Beaucoup apprécient l’ouvrage et me formulent, presque à l’unisson: « tu ne poses pas seulement les bonnes questions, tu y réponds aussi »… Ce qui prouve naturellement que les pensées talmudiques et laïques sont parfaitement compatibles… Je pense aussi par exemple à cette amie enchantée à l’idée des villes de refuge pour le criminel involontaire. Dans le manuscrit, naturellement, je ne reproduis pas les villes de refuge mais j’en parle. Et je préconise même dans l’ouvrage que pourquoi pas, pour un criminel involontaire, l’Etat pourrait l’encourager (moyennant finance) à le déplacer lui et toute sa famille dans une autre ville d’autant plus que parfois la famille de la victime connait le nom et l’adresse du meurtrier involontaire… Imaginez un peu l’effet de cette loi au siècle dernier dans certaines familles siciliennes d’antan. Grand nombre d’existences auraient ainsi pu être épargnées… Encore un exemple qui prouve parfaitement la presque parfaite adéquation de la pensée talmudique et de la pensée laïque…
- Pensez-vous que les lois sociales et juridiques contenues dans le Talmud pourraient inspirer les hommes politiques?
F.-C.: Evidemment, et c'est le but même. Comme disent les Sages "Les lois doivent être disposées devant les hommes, comme une table dressée sur laquelle on peut manger ce que l'on désire." (Mékhilta; Rachi) Ainsi, dans le désert politique que nous connaissons (expression reprise par mon éditeur même), ce serait formidable que tous les hommes politiques s'inspirent de mon ouvrage. Prenons un exemple. Lors des comparutions immédiates on faisait toujours passer les femmes avant les hommes. Ppourquoi? Et les Sages de répondre "Certes, même si ce n'est nullement la place d'un homme de se retrouver au tribunal, c'est encore moins la place d'une femme « …. Car comme on le sait tous, les femmes naissent bien plus droites que les hommes"... Ainsi, afin de ne pas rajouter plus de honte à une femme, on la faisait toujours passer en premier.... Cet exemple est juste un détail dans toutes les lois juridiques, sociales, économiques... que j'ai transposées à notre époque moderne. Et pourtant, même si un seul juge français dorénavant agissait ainsi, ou encore mieux, si une loi juridique recommandait à tous les magistrats de procéder de la sorte, je serais tellement fier de moi, non point pour mon orgueil personnel, mais tout simplement parce que j'aurais fait progresser le monde d’un petit pas de plus. Et dès lors, si chacun de nous véritablement se comportait de la sorte, à promouvoir de nouvelles initiatives, c'est le monde entier j’en suis convaincu qu'on élèverait vers la sainteté... -
- Les 10 commandements ont-ils inspiré la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen?
F.-C.: Evidemment. Beaucoup d’auteurs se sont inspirés du Talmud. Et aujourd’hui tout le monde le reconnait. Mais notre véritable travail à nous à présent ne consiste nullement à rappeler les 10 commandements à nos semblables ni même la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, mais bien plus à promouvoir les 7 lois Noahides (de Noé) car celles-ci sont fondamentales pour toute l’humanité. Certains affirment même que le Machiah(Messie) ne viendra que lorsque tous les non juifs auront adhéré aux lois Noahides. Les Sages indiquent également que les dix commandements ne sont contenus que dans le premier. En effet, ce dernier porte toute la quintessence morale de l’humanité, et c’est bien entendu notre devoir à nous de le révéler à tous…

Frédéric Chaouat - « La sagesse politique du Talmud et de la Torah » - éditions Tatamis - Juillet 2015 - 316 pages – 20 euros – site: www.editionstatamis.com/

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